|
Ecrite seulement 3 semaines après avoir échappé à la décapitation à Tatsunokuchi, dans cette lettre, Nichiren enjoint ses disciples à effacer leur propre karma en "lisant" le Sûtra du Lotus avec leur vie. Il leur affirme que le pouvoir de la Loi suprême est si grand qu'il peut réduire et même effacer les effets des causes négatives.
Source: L&T Vol.1, p.17 (ACEP)
|
L'Allègement de la Rétribution Karmique
IL Y AVAIT DEUX FRERES appelés Suri et Handoku. Tous deux répondaient au nom de Suri Handoku. Vous êtes trois croyants qui leur ressemblez. Que l'un de vous me rende visite, et c'est comme si vous étiez tous les trois avec moi.
Le Sûtra du Nirvana enseigne le principe de l'allégement du karma. Si les rétributions d'un lourd karma passé ne sont pas effacées durant cette vie-ci, on est voué aux souffrances de l'enfer à l'avenir, mais si l'on subit de grandes difficultés en cette vie, les souffrances infernales disparaîtront aussitôt. Après la mort, on obtiendra les bienfaits de la tranquillité et du bonheur temporaire, ainsi que ceux des Trois Véhicules et du véhicule suprême. Ce n'est pas un hasard si le bodhisattva Fukyô a été méprisé, lapidé et frappé à coups de bâton. Il s'était probablement opposé à la Loi correcte dans ses vies passées. La phrase « ayant expié ses fautes » indique que, parce qu'il rencontra de telles persécutions, le bodhisattva Fukyô parvint à expier entièrement les fautes de ses vies passées.
Les vingt-quatre successeurs furent tous envoyés par le Bouddha, qui avait prédit leur venue. Parmi eux, le quinzième, le bodhisattva Kanadeva, fut tué par un brahmane et le vingt-quatrième, Aryasinha, fut décapité par le roi Danmira. Budhamitra et le bodhisattva Nagarjuna furent en butte, eux aussi, à de nombreuses persécutions, alors que d'autres, protégés par des rois dévots, purent propager le bouddhisme sans être inquiétés. Cela semblerait indiquer qu'il existe à la fois de bons et de mauvais pays de par le monde et que, de ce fait, il y a deux manières de propager la Loi : shôju et shakubuku. Même en Inde, pays d'origine du bouddhisme, il y eut des persécutions aux périodes des Jours de la Loi correcte et de la Loi formelle.
Nous sommes maintenant au début de l'époque des Derniers Jours de la Loi et dans un pays très éloigné de l'Inde. Je m'attendais à ce que de telles persécutions se produisent et je m'y suis longuement préparé.
C'est un principe que j'ai enseigné il y a longtemps et rien de tout cela ne devrait vous surprendre. Kangyô-soku est l'une des six étapes de la pratique dans l'enseignement parfait. Cela consiste à faire ce que l'on dit et à dire ce que l'on fait. Ceux qui sont parvenus au stade de ri-soku et de myôji-soku croient à l'enseignement parfait, mais même lorsqu'ils en chantent les louanges, leurs paroles ne se traduisent pas en actes. Ainsi nombreux sont ceux qui ont lu Les Trois Grands Dirigeants et les Cinq Empereurs, mais pas une fois sur dix millions on ne voit la société administrée selon les principes de ces anciens sages chinois. D'om la difficulté de créer une société en paix. On peut trouver des gens capables de réciter mot pour mot le Sûtra du Lotus, mais il est beaucoup plus difficile de se comporter comme il l'enseigne.
On lit dans le chapitre Hiyu : « Ils mépriseront, haïront et envieront ceux qui lisent, récitent, copient et pratiquent ce Sûtra ». Et dans le chapitre Hosshi : « Puisque haine et jalousie abondent déjà du vivant du Bouddha, ne seront-elles pas pires encore après son trépas ? ». Dans le chapitre Kanji, on lit : « Il sera attaqué à coups d'épées et de bâtons. Il sera exilé plus d'une fois ». Et dans le chapitre Anrakugyô : « Dans un monde empli de haine, il sera extrêmement difficile de croire ». Ce sont des citations du Sûtra, mais il est impossible de savoir quand ces prophéties se réaliseront.
Par le passé, le bodhisattva Fukyô et le moine Kakutoku ont lu ces passages et les ont vécus. Mais, en dehors des périodes de la Loi correcte et de la Loi formelle, à l'époque des Derniers Jours de la Loi, dans tout le Japon, seul Nichiren semble avoir fait de même. En considérant ma situation actuelle, j'imagine aisément la souffrance des proches, des familles, et des disciples moines et laïques de tous les saints persécutés dans les temps anciens, à l'époque des rois mauvais.
De nos jours, Nichiren a lu intégralement le Sûtra du Lotus. Une seule phrase, un seul passage suffit pour parvenir à l'illumination ; puisque je l'ai lu en entier, mes bienfaits seront donc encore plus grands. Cela peut sembler présomptueux, mais mon voeu le plus cher est de conduire à l'illumination le pays tout entier. Mais comment mes forces pourraient-elles y suffire alors que personne ne me prête attention ? J'en resterai là pour l'instant.
Nichiren
Le cinquième jour du dixième mois de la huitième année de Bun'ei (1271)

|