Enfer-boddhéité

Dans cette lettre, Nichiren affirme que celui qui croit dans le Sûtra du Lotus pourra s'éveiller à la "terre pure" inhérente à sa propre vie, c'est-à-dire à l'état suprême de la boddhéité.

Source: L&T
 Vol.2, p.265
(Ed. ACEP)

Enfer et Boddhéité

J'AI BIEN RECU vos nombreux dons. Depuis le décès du seigneur Uéno, j'aimerais apprendre qu'il vous a rendu visite, mais je sais bien que c'est impossible. Sauf en rêve, vous ne pouvez voir son visage. S'il apparaissait, ce ne pourrait être qu'un mirage. [Pourtant, ne craignez rien :] votre défunt mari se trouve sans aucun doute sur la terre pure du Pic du Vautour, d'où il écoute et regarde ce monde saha jour et nuit. Vous, son épouse, et vos enfants, avec les yeux de simples mortels, ne pouvez pas le voir; vous ne pouvez pas non plus l'entendre ; soyez cependant certaine que vous serez finalement réunis [au Pic du Vautour].

Au cours de toutes vos vies passées, vous avez dû partager des liens de mariage avec autant d'hommes qu'il y a de grains de sable dans l'océan. Pourtant, l'homme avec qui vous étiez mariée dans cette vie est votre véritable époux. Car c'est lui seul qui vous a conduite à pratiquer les enseignements du Sûtra du Lotus. Vous devez le respecter comme un bouddha. En vérité, il était déjà bouddha de son vivant et maintenant, il est toujours Bouddha. Sa boddhéité transcende pareillement vie et mort. C'est le sens du principe profond de sokushin jôbutsu, [atteindre la boddhéité sans changer d'apparence]. Dans le quatrième volume du Sûtra du Lotus il est dit : “celui qui pratique ce Sûtra possède le corps du Bouddha ».

Ni la Terre pure, ni l'enfer n'existent en dehors de nous-même ; ils se trouvent dans notre propre poitrine. On appelle bouddha celui qui s'éveille à cette vérité, celui qui l'ignore, simple mortel. Le Sûtra du Lotus nous éveille à cette réalité et celui qui croit dans le Sûtra du Lotus découvrira que l'enfer même peut se changer en terre de Bouddha.

Même si l'on pratique les enseignements provisoires depuis d'innombrables éons, si l'on s'écarte du Sûtra du Lotus, on ne pourra que tomber en enfer. Ce n'est pas moi, Nichiren, qui le dis ; c'est ce qu'affirme le bouddha Shakyamuni, et que confirmèrent le bouddha Tahô et toutes les émanations de Shakyamuni dans l'univers entier. Pratiquer les enseignements provisoires, c'est être comme un homme déjà touché par les flammes qui s'enfonce de plus en plus profondément dans la fournaise, ou comme quelqu'un qui se noie et sombre au plus profond de l'eau. Ne pas croire au Sûtra du Lotus revient à se jeter dans le feu ou dans l'eau. Ceux qu'égarent de mauvais amis tels que Hônen, Kôbô et d'autres ennemis du Sûtra du Lotus, et qui croient dans les sûtras Amida ou Dainichi s'enfoncent toujours plus dans les flammes ou sombrent de plus en plus profondément dans l'eau. Comment pourraient-ils échapper aux souffrances ? Inévitablement, ils devront endurer l'effroyable chaleur des enfers tôkatsu, kokujô et mugen et l'insupportable froid des enfers guren et daiguren. On lit dans le second volume du Sûtra du Lotus : « Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes. [Il ne renaîtra au bout d'un éon que pour retomber en enfer, et] il répétera ce cycle pendant d'innombrables éons ».

Votre défunt mari a échappé à ces souffrances car il fut un bienfaiteur de Nichiren, le pratiquant du Sûtra du Lotus. Il est dit dans le Sûtra : « Même s'ils tombent dans un grand feu, ils ne seront pas brûlés... Si une inondation les emporte, en récitant le titre [de ce Sûtra], ils parviendront immédiatement dans des eaux peu profondes ». On y lit encore : « La bonne fortune du Pratiquant ne peut être ni consumée par le feu, ni emportée par l'eau ». Quoi de plus rassurant!

Vous imaginez peut-être que l'enfer, les barres de fer de ses gardiens ou les ordres hurlés par les Abôrasetsus se trouvent en quelque lieu lointain, mais il n'en est rien. Cet enseignement est d'une importance primordiale, mais je vous le transmets, tout comme le bodhisattva Monju révéla à la fille du roi-dragon le principe secret de sokushin jôbutsu, [que l'on peut atteindre la boddhéité sans changer d'apparence]. Lorsque vous aurez entendu cet enseignement, fortifiez toujours plus votre foi. Ceux qui redoublent d'efforts dans leur pratique chaque fois qu'ils entendent les enseignements du Sûtra du Lotus recherchent véritablement la voie. [Quand] T'ien-t'ai parlait de « Tirer de l'indigo un bleu encore plus profond », il voulait dire que ce qui est teint avec de l'indigo devient plus bleu que l'indigo lui-même. Pour nous, le Sûtra du Lotus est l'indigo et l'intensité croissante de notre pratique est d'« un bleu encore plus profond ».

On utilise parfois les deux caractères qui forment le mot jigoku [enfer] pour désigner l'action de creuser un trou dans le sol. Ne creuse-t-on pas toujours un trou pour celui qui est mort ? C'est ce que l'on appelle « l'enfer ». Les flammes qui réduisent son corps en cendres sont les feux de l'enfer des souffrances incessantes. Son épouse, ses enfants et les parents qui conduisent en hâte le mort à sa sépulture sont les gardiens de l'enfer, les Abôrasetsu. Les pleurs de sa famille sont les cris des gardiens de l'enfer. Le bâton de marche du défunt, de moins d'un mètre, est la barre de fer [qui le torture en enfer]. Les chevaux et les boeufs [qui transportent le mort] sont les démons à têtes de cheval et de boeuf et la fosse elle-même est l'enfer des souffrances incessantes. Les quatre-vingt-quatre mille chaudrons [qui torturent le mort] sont les quatre- vingt-quatre mille désirs terrestres. Le défunt quittant sa maison se dirige vers la montagne de la mort, tandis que la rivière au bord de laquelle ses enfants aimants demeurent, attristés, est la Rivière aux trois passages. Il est inutile de chercher l'enfer ailleurs.

Pourtant, ceux qui croient au Sûtra du Lotus peuvent transformer tout cela. [Pour eux,] l'enfer se change en Terre de la lumière éternelle, les feux dévorants de la souffrance se changent en la torche d'un bouddha doté du corps de la sagesse ; le défunt devient un bouddha doté du Corps de la Loi ; et la fournaise devient la demeure où le Bouddha, sous l'aspect du Corps de l'action, manifeste son immense compassion. De plus, le bâton de marche devient le bâton du principe de Myôhôjisso [la Loi merveilleuse équivaut à tous les phénomènes], la Rivière aux trois passages devient l'océan du principe de shoji soku nehan [les souffrances de la vie et de la mort mènent au nirvana] et la montagne de la mort devient le grand sommet du principe de bonnô soku bodai [les désirs mènent à l'illumination]. [En pensant à votre époux] soyez-en absolument convaincue. Prendre conscience de tout cela, c'est atteindre l'illumination sans changer d'apparence, et s'éveiller à cela, c'est ouvrir l'oeil intérieur de la sagesse du Bouddha. Devadatta changea l'enfer des souffrances incessantes en Terre de la béatitude parfaite et de la lumière éternelle et la fille du Roi-dragon parvint elle aussi à la boddhéité sans changer d'apparence. Car le Sûtra du Lotus permet d'atteindre l'illumination même à ceux qui se sont tout d'abord opposés à lui. C'est le bienfait contenu dans le seul caractère myô.

Le bodhisattva Nagarjuna écrivit : « [Le Sûtra du Lotus est] comme un grand médecin qui change le poison en remède ». Miao-la déclara : « Comment serait-il possible de trouver la Terre de la lumière éternelle ailleurs qu'à Boddh-Gaya ? Notre monde saha n'existe pas en dehors de la terre de bouddha ». Il dit aussi : « L'entité réelle se révèle immanquablement dans tous les phénomènes, et tous les phénomènes possèdent immanquablement les Dix Modalités. Les Dix Modalités opèrent immanquablement dans les Dix États, et les Dix États caractérisent immanquablement à la fois la vie et son environnement ». On lit dans le Sûtra du Lotus : « L'entité réelle de tous les phénomènes ne peut être comprise et partagée que par les bouddhas. Ses modalités sont l'apparence, la nature.., et leur cohérence du commencement jusqu'à la fin ». Dans le chapitre Juryô, il est dit : « Le temps est sans limite ni borne... depuis que j'ai réellement atteint la boddhéité ». Ici, « je » représente [tous les êtres humains dans] les Dix États. Tous les êtres humains dans les Dix États possèdent de manière inhérente, l'état de bouddha. ils habitent donc dans la Terre pure. Il est dit dans le chapitre Hôben : « les phénomènes sont des manifestations de la Loi et les aspects changeants du monde sont par essence éternels ». La vie et mort sont les manifestations constantes de la vie éternelle qui se poursuit à travers les Trois Phases de l'existence [passé, présent et futur]. Il n'y a aucune raison ni de s'en plaindre, ni de s'en étonner. So [l'aspect apparent] équivaut à hatchi so [les Huit Phases de l'existence d'un bouddha]. Et les Huit Phases de l'existence d'un bouddha elles-mêmes sont soumises à la loi de la naissance et de la mort. S'éveiller à cette vérité, c'est cela atteindre la boddhéité par la pratique du Sûtra du Lotus.

Puisque votre défunt mari était un pratiquant de ce Sûtra, il est certain qu'il a atteint la boddhéité. Cela ne devrait pas être un grand motif de chagrin. Mais il est naturel d'éprouver du chagrin lorsqu'on est simple mortel. Même les sages ressentent parfois de la tristesse. Lorsque le bouddha Shakyamuni disparut, ses principaux disciples, qui étaient pourtant éveillés à la réalité de la vie, manifestèrent leur chagrin.

Voulaient-ils montrer ainsi qu'ils étaient eux aussi de simples mortels ?

Priez de tout votre coeur pour le défunt. Ces paroles d'un ancien sage : « Dirigez votre esprit vers la Neuvième Conscience en vous appuyant, dans votre pratique sur les Six Consciences » sont en vérité très justes. Cette lettre contient l'un des enseignements les plus profonds de Nichiren. S'il vous plaît, gardez-le précieusement pour vous.

Avec tout mon respect,
Nichiren

Le onzième jour du septième mois

 

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