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Cette lettre fut adressée à Funamori Yasaburo, d'Izu où il était exilé. Il y affirme qu'il n'y a pas de différence entre un simple mortel et un bouddha quand un simple mortel comprend le principe d'ichinen sanzen et le concrétise dans sa propre vie.
Source : L&T Vol. 2, p. 59 (Ed. ACEP)
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L'Exil d'Izu
J'AI BIEN REÇU les chimaki [boulettes de riz enroulées dans des feuilles de bambou], le saké, le riz séché, les poivrons, le papier, et tout ce que vous avez pris la peine de me faire parvenir par votre messager. Il m'a aussi transmis votre message demandant que tous ces dons soient tenus secrets. Je ferai comme vous le désirez.
Condamné à l'exil, je suis arrivé le douzième jour du cinquième mois sur une côte dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Alors que je débarquai, souffrant encore du mal de mer, vous avez eu la bonté de me prendre sous votre protection. Quel destin nous a donc réunis ? Peut-être avez-vous été un pratiquant du Sûtra du Lotus dans des existences passées. Aujourd'hui, à l'époque des Derniers Jours de la Loi, vous êtes né pour devenir un capitaine de bateau du nom de Yasaburô et prendre pitié de moi. Vous êtes un homme, et peut-être avez-vous trouvé naturel d'agir ainsi, mais votre femme aurait pu être moins désireuse de me venir en aide. Pourtant, elle m'a donné à manger, elle m'a apporté de l'eau pour me laver les mains et les pieds, et m'a traité avec beaucoup de sollicitude. N'est-ce pas véritablement merveilleux ?
Quelle cause vous a conduit à croire dans le Sûtra du Lotus et à me servir pendant les trente et quelques jours de mon séjour en cet endroit ? Le seigneur et les habitants de la région me haïssaient et me méprisaient plus encore que les gens de Kamakura. Le visage de ceux qui m'apercevaient se fermait et les autres, à la seule écoute de mon nom, se sentaient remplis de fureur. Et, bien que nous nous trouvions dans le cinquième mois, époque où le riz est rare, vous m'avez nourri en secret. C'est comme si mes parents étaient réapparus à Kawana, près d'Itô, dans la province d'lzu.
On peut lire dans le quatrième volume du Sûtra du Lotus : « [J'enverrai] des hommes et des femmes à l'esprit pur pour faire des offrandes à celui qui enseigne la Loi ». Les divinités du ciel et les divinités bienveillantes prendront la forme d'hommes et de femmes et feront des dons pour soutenir celui qui pratique le Sûtra du Lotus. Sans aucun doute, vous et votre femme êtes bien nés comme étant « un homme et une femme à l'esprit pur » et vous faites maintenant des dons à celui qui enseigne la Loi, Nichiren.
Comme je vous ai déjà envoyé une lettre détaillée, dans celle-ci, je resterai bref. Mais j'aimerais tout de même vous préciser un point. Quand le seigneur de cette région m'a demandé de prier pour sa guérison, je me suis interrogé sur l'opportunité de le faire mais puisqu'il semblait avoir une certaine foi en moi, j'ai décidé d'invoquer le Sûtra du Lotus. Si je le faisais, il me semblerait impossible que les Jûrasetsu [les Dix Filles démones] ne viennent joindre leurs forces aux miennes. C'est pourquoi j'ai fait appel au Sûtra du Lotus, à Shakyamuni, à Tahô et à tous les bouddhas de l'univers, ainsi qu'à la déesse du soleil, à Hachiman et aux autres divinités majeures ou mineures. J'étais certain que ma requête serait entendue et que le résultat apparaîtrait. J'étais convaincu qu'ils ne resteraient jamais sourds aux prières de Nichiren, et les exauceraient aussi naturellement que l'on soigne une plaie ou que l'on soulage une démangeaison. Et en effet, le seigneur retrouva la santé. Par gratitude, il m'offrit une statue du Bouddha qu'on avait trouvée dans la mer en pêchant du poisson. Il le fit parce que sa maladie était enfin guérie, et que cette guérison était due aux Jûrasetsu. Les bienfaits de son offrande rejailliront sur vous et sur votre femme.
Nous, simples mortels, résidons tous dans l'océan des souffrances de la vie et de la mort depuis le temps sans commencement. Mais maintenant que nous sommes devenus pratiquants du Sûtra du Lotus, nous ne manquerons pas de devenir des bouddhas éveillés à l'entité du corps et de l'esprit qui existe depuis le passé sans commencement. Nous révélerons la nature immuable inhérente en nous-mêmes, ainsi que la sagesse mystérieuse nous permettant de prendre conscience de la Loi merveilleuse. Nous goûterons un état de vie aussi indestructible que le diamant. Comment pourrions-nous alors être, si peu que ce soit, différents du Bouddha [sorti des flots] ? Le vénérable Shakyamuni qui déclara : « Moi seul peux les sauver», à une époque encore plus ancienne que gohyaku-jintengo, est semblable à chacun d'entre nous. Tel est l'enseignement d'ichinen sanzen exposé dans le Sûtra du Lotus. Notre comportement est une illustration des mots « Je suis toujours ici enseignant la Loi ». Ainsi, nous sommes tous des entités concrétisant l'enseignement suprême du Sûtra du Lotus et la noble vie du bouddha Shakyamuni, même si les simples mortels n'en ont pas conscience. C'est ce que signifie le passage du chapitre Juryô qui dit : « ... Les hommes dans l'illusion ne me voient pas, même lorsque je suis tout proche ». La différence entre illusion et illumination est comparable aux Quatre visions différentes du bosquet d'arbres shala. Le bouddha d'ichinen sanzen est indéniablement celui qui, dans chacun des Dix Etats, manifeste la nature de bouddha inhérente à sa vie.
Le démon qui apparut devant Sessen Dôji était une métamorphose de Taishaku. La colombe qui implora la protection du roi Shibi était le dieu Bishukatsuma. Le roi Fumyô, emprisonné dans le château du roi Hanzoku, était le vénérable Shakyamuni lui-même. Les yeux des hommes ne leur permettent pas de percevoir leur véritable identité, mais les yeux du Bouddha y parviennent. Comme le dit un sûtra, [même si nous ne pouvons pas les voir], il existe des repères dans le ciel pour les oiseaux et dans la mer pour les poissons. Une statue de bois représentant le Bouddha peut être prise pour une statue d'or, et une statue d'or pour une statue de bois. L'or d'Aniruddha lui apparut d'abord sous la forme d'un lièvre puis sous celle d'un cadavre. Le sable que Mahanama tenait dans le creux de la main se changea en or. Ces phénomènes dépassent l'entendement humain. Un simple mortel est un bouddha, et un bouddha est un simple mortel. C'est exactement le sens d'ichinen sanzen et celui de la phrase « [le temps est sans limite ni borne] depuis que j'ai en fait atteint la boddhéité ».
Il est donc tout à fait possible que vous et votre femme soyez apparus ici en tant que réincarnation du vénérable bouddha Shakyamuni afin de me venir en aide.
La route qui mène d'Itô à Kawana n'est pas longue, mais il nous est difficile de parler librement. J'écris cette lettre afin que vous puissiez la relire plus tard. Ne parlez pas de cela aux autres, mais réfléchissez-y vous-mêmes. Si quelqu'un soupçonnait l'existence de cette lettre, cela pourrait vous nuire. Gardez cela au fond du coeur et n'en parlez jamais. Avec mon plus profond respect.
Nam Myoho Renge Kyo.
Nichiren
Le vingt-septième jour du sixième mois de la première année de Kôchô [1261]

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