Guérison...

Dans cette lettre, Nichiren Daishonin explique que son bouddhisme est le remède suprême pour les gens qui souffrent dans le monde entier.

Source: L&T
 Vol.2, p.271
 (Ed. ACEP)

La Guérison des Maladies Karmiques

J'APPRENDS PAR VOTRE lettre que vous souffrez d'une maladie grave. Vous savoir souffrant me désole mais, d'un autre côté, c'est aussi une cause de réjouissance. Le sûtra Vimalakirti dit : « Un jour, le riche Vimalakirti tomba volontairement malade. Alors, le Bouddha demanda au boddhisattva Monju de lui rendre visite et de s'informer de sa santé ». Le Sûtra du Nirvana dit que « A ce moment-là, le Tathagata... prit l'apparence d'une personne au corps souffrant et s'étendit sur le flanc droit comme un homme malade » bien que le Sûtra du Lotus dise que « [Le Tathagata ne connaît] que peu de maladies et peu de souffrances ». Le huitième volume du Maka Shikan explique ainsi que : « A Vaishali, Vimalakirti, alité, exposa ses enseignements... Le Tathagata se servit de sa mort comme d'un moyen pour enseigner l'éternité de la vie, et de la maladie, pour clarifier le pouvoir du bouddhisme ». Il y dit ainsi que «Il y a six causes de maladie : 1. Le déséquilibre des quatre éléments, 2. La consommation immodérée de nourriture et de boisson. 3. Une mauvaise posture corporelle. 4. L'attaque d'esprits maléfiques [de l'extérieur]. 5. L'action de démons [de l'intérieur]. 6. Les effets du karma ».

Le Sûtra du Nirvana dit que « Il y a trois types de personnes dont la maladie est extrêmement difficile à guérir. Ce sont : 1. Ceux qui s'opposent au [bouddhisme] Mahayana; 2. Ceux qui commettent les Cinq Fautes capitales; 3. Les icchantika, [personnes d'une incroyance incorrigible]. Ces trois catégories de personnes souffrent des pires maladies connues ».

Il dit encore que « Celui qui crée un mauvais karma dans cette vie souffrira inévitablement les tourments de l'enfer dans la vie prochaine. Cependant, s'il fait des offrandes aux Trois Trésors, il évitera de tomber en enfer dans la prochaine vie, mais souffrira dans celle-ci de maux de tête, d'yeux ou de dos ». Le Maka Shikan que « Même ceux qui ont commis de graves fautes d'opposition peuvent recevoir une rétribution allégée en cette vie. Ainsi, la maladie se présente quand le mauvais karma est sur le point d'être dissipé ».

Dans le Daichido Ron, le bodhisattva Nagarjuna écrit : « Question : s'il en est ainsi, aucun des sûtras, du sûtra Kegon au sûtra Hannya, n'est un enseignement ésotérique, mais le Sûtra du Lotus est ésotérique... Le Sûtra du Lotus est comparable à un excellent médecin qui change le poison en remède ».

T'ien-t'ai expliqua plus en détails cette citation en disant que « ce sûtra permet aux personnes des Deux Véhicules d'atteindre l'illumination de la même manière qu'un bon médecin peut changer le poison en remède ». Ainsi, dans le Daichido Ron il est dit : « Aucun autre sûtra n'est ésotérique mais le Sûtra du Lotus est ésotérique ». Dans le Maka Shikan, on lit : « Puisque le Sûtra du Lotus a la capacité de guérir [la maladie], on l'appelle aussi myô [mystique] ».

Miao-lo dit : « Parce qu'il peut guérir ce que l'on pense incurable, on l'appelle myô [mystique] ». Dans le Sûtra du Nirvana, on peut lire : « Le roi Ajatashatru, de Rajagriha, était mauvais de nature... Il tua son père, mais plus tard, pris de remords, il fut saisi d'une forte fièvre et tout son corps se couvrit de pustules. Elles étaient purulentes et puantes, dissuadant quiconque de s'approcher. Sa mère, Vaidehi, s'efforça de l'aider en appliquant divers remèdes, mais la purulence ne fit qu'empirer; il semblait n'y avoir aucun espoir de guérison. Le roi expliqua à sa mère que la cause de sa maladie était de nature spirituelle et que, parce qu'elle n'était pas due à un déséquilibre des quatre éléments, les médecins ordinaires ne pourraient pas le guérir. Alors l'Honoré du monde, maître d'une compassion immense, entra dans une méditation aussi bienveillante que la lune pour le bien du roi Ajatashatru. Lorsqu'il parvint au stade le plus profond de sa méditation, un éblouissant rayon de lumière émana du Bouddha et vint toucher le corps du roi. Instantanément ses pustules disparurent ». On lit dans le septième volume du Sûtra du Lotus, sûtra d'une sagesse universelle : « Ce sûtra est le remède bénéfique pour les maux de toute l'humanité. Si un malade peut entendre ce Sûtra, sa maladie disparaîtra aussitôt, et il ne souffrira ni de la vieillesse ni de la mort ».

A la lumière des citations précédentes, il est impossible que votre maladie ait une autre origine que les six causes de maladie. Je laisserai de côté les cinq premières pour le moment. Les maladies de la sixième sorte, qui résultent du karma, sont les plus difficiles à guérir. Elles varient en gravité et nous ne savons rien de précis sur elles, sinon que les plus graves sont dues à l'opposition au Sûtra du Lotus. Même Chen Nong, Houang Ti, Houa T'o et Pien K'iue baissèrent les bras et Jisui, Rusui, Jivaka et Vimalakirti ne surent que dire. De telles maladies ne peuvent être guéries que par le bon remède, par le Sûtra du Lotus du bouddha Shakyamuni, comme il est dit dans ce sûtra lui-même.

Dans le Sûtra du Nirvana, à propos du Sûtra du Lotus, il est dit : « Même si l'on s'oppose à la Loi correcte, si l'on se repent et si l'on se convertit à la Loi correcte [cet acte d'opposition sera effacé]... Aucun enseignement autre que la Loi correcte ne peut nous sauver ou nous protéger, c'est pourquoi il faut se consacrer à la Loi correcte ». Le grand maître Miao-lo écrivit : « Shakyamuni lui-même dit dans le Sûtra du Nirvana que le Sûtra du Lotus est le plus élevé de ses enseignements ». Il écrit plus loin : « Celui qui tombe par terre s'appuie sur le sol pour se relever. De la même façon, un homme mauvais, destiné à tomber en enfer, en s'opposant à la Loi correcte, peut être sauvé par elle ».

Le bodhisattva Vasubandhu fut d'abord un maître du bouddhisme Hinayana. Pour entraver la propagation du bouddhisme Mahayana dans l'Inde entière, il écrivit cinq cents traités sur le Hinayana. Cependant, il réalisa que ses conceptions étaient fausses en dialoguant avec le bodhisattva Asanga. Vasubandhu dit à Asanga qu'il voulait se couper la langue pour expier son crime. Asanga l'en dissuada en disant : « Utilise plutôt ta langue pour faire l'éloge du Mahayana ».

Vasubandhu se mit alors immédiatement à écrire cinq cents traités sur le Mahayana afin de réfuter le Hinayana. il fit aussi le serment de ne plus jamais enseigner, tant qu'il vivrait, un seul mot du Hinayana. De cette façon, il effaça son offense et renaquit plus tard dans le ciel où vit le bodhisattva Miroku.

Le bodhisattva Ashvaghosha, né en Inde de l'est, fut le treizième successeur de Shakyamuni. Ashvaghosha avait été d'abord un maître brahmane. Cependant, en débattant avec le moine bouddhiste Punyayasha de la validité de leurs enseignements respectifs, il prit vite conscience de la supériorité du bouddhisme. Ashvaghosha voulait se trancher la gorge pour expier sa grave offense, en disant : « Je n'ai eu de pire ennemi que moi-même, et cela m'a conduit en enfer ». Mais Punyayasha l'en découragea en disant : « Ne te coupe pas la tête! Utilise plutôt ton esprit et ta bouche pour faire l'éloge du Mahayana ». Ashvaghosha écrivit peu après le Daijô Kishin Ron [Traité sur l'éveil de la foi dans le Mahayana], dans lequel il réfutait tous les enseignements du brahmanisme ainsi que le Hinayana. C'est ainsi que commença la propagation du bouddhisme du Mahayana en Inde.

Le grand maître Tsi-tsang du temple Kia-siang était parmi les plus éminents maîtres bouddhistes de Chine. Fondateur de l'école Sanron, il vivait à Houei, dans l'état de Wou. Convaincu de posséder un savoir sans égal, il était très arrogant. Il lança un défi au grand maître T'ien-t'ai pour déterminer le sens de la phrase du Sûtra du Lotus : « De tous les innombrables sûtras que j'ai enseignés par le passé, que j'enseigne maintenant, ou que j'enseignerai à l'avenir, le Sûtra du Lotus est le plus difficile à croire et le plus difficile à comprendre ». Au cours du débat, Tsi-tsang fut totalement vaincu, et renonça dès lors à ses croyances erronées. Afin d'expier la grave faute commise envers la Loi correcte et ceux qui la pratiquaient, il rassembla plus de cent maîtres éminents et supplia T'ien-t'ai de les instruire. Tsi-tsang fit un pont de son corps pour permettre au grand maître T'ien-t'ai de passer et le porta sur son dos. De plus, il servit T'ien-t'ai pendant sept ans, coupant du bois pour le feu et lui apportant de l'eau. Il cessa de donner lui-même des cours, dispersa ses disciples et, afin de se guérir de son arrogance, il s'interdit de réciter le Sûtra du Lotus. Après la mort de T'ien-t'ai, Tsi-tsang fut reçu par l'empereur de la dynastie Souei pour lui présenter ses respects. En partant, il serra les genoux de Sa Majesté et prit congé en larmes. Quelques temps plus tard, Tsi-tsang voyant son reflet dans un vieux miroir, adressa à sa propre image des reproches pour les erreurs qu'il avait commises par le passé. Il accomplit ces nombreux actes de pénitence pour effacer son mauvais karma.

Le Sûtra du Lotus, Véhicule suprême, est l'enseignement d'or des trois sages. Comme un joyau sans pareil, il occupe le rang le plus élevé parmi tous les enseignements du passé, du présent et du futur. Il est dit dans le Sûtra [du Lotus] : « ce sûtra est supérieur à tous les autres sûtras », et « le Sûtra du Lotus est le plus élevé de tous les enseignements ». Le grand maître Dengyô déclara que [de toutes les écoles au Japon], l'école Hokke [du Sûtra du Lotus] est la seule et unique « qui ait été fondée par le bouddha Shakyamuni lui-même ».

J'ai étudié de manière approfondie les sûtras Dainichi, Kongôchô, Soshitsuji et autres sur lesquels s'appuie l'école Shingon, mais je n'ai rien trouvé dans ces écrits qui justifie l'affirmation qu'ils sont supérieurs [au Sûtra du Lotus]. Cette affirmation ne fait que reprendre la conception erronée défendue par Shan-wou-wei, Tsin-kang-tche, Pou-k'ong, Kôbô, Jikaku, Chishô et d'autres. Maintenant, plus que jamais, je comprends que la Véritable intention des bouddhas Shakyamuni et Dainichi était de placer le Sûtra du Lotus au-dessus de tous les autres sûtras. Quand Kôbô Daishi, fondateur de l'école Shingon au Japon, ainsi que Jikaku Daishi et Chishô Daishi, se rendirent en Chine [sous la dynastie T'ang], Houei-kouo et Fa-ts'iuan leur léguèrent les principes erronés d'abord défendus par Shan-wou-wei, Tsin-kang-tche et Pou-k'ong.

De retour au Japon, ils propagèrent le Sûtra du Lotus et les enseignements Shingon en s'efforçant de masquer l'éclat de la pleine lune [le Sûtra du Lotus], le Véhicule suprême qui surpasse tous les autres sûtras du passé et de l'avenir, pour faire briller une faible lueur de lucioles, les deux mandalas du Shingon. Pis encore, ils ont dénigré le Sûtra du Lotus en prétendant que sa doctrine était puérile et que le bouddha du Sûtra du Lotus était encore dans l'obscurité. Toutefois, ces commentaires furent comme un poignard qui se retourna contre leurs auteurs. [Ce n'est pas le Sûtra du Lotus mais] le sûtra Dainichi [qui] regorge de doctrines puériles, et [c'est Dainichi lui-même qui] se trouve dans le monde de l'obscurité. Si le tronc, c'est-à-dire les maîtres, est tordu comment les branches, pourraient-elles être droites ? Si une rivière est contaminée à la source, tout son cours sera pollué. Pour cette raison, l'arbre du Japon a connu une longue et sombre nuit et il est sur le point d'être détruit par le gel venu de l'étranger.

Bien que n'étant pas dans le courant principal [du Shingon], vous avez néanmoins servi un maître de cette école. Vous avez vécu de nombreuses années dans une maison dont la famille pratiquait une doctrine erronée, et mois après mois, votre esprit a été contaminé par les mauvais maîtres. Même si d'énormes montagnes s'effondraient et si des mers immenses s'asséchaient, votre offense ne pourrait facilement s'effacer. Cependant, en raison de votre karma [passé] et de la bienveillance que vous témoigne le Bouddha dans cette vie, vous m'avez rencontré et avez décidé de réformer votre conduite. Par conséquent, de plus grandes souffrances vous seront épargnées à l'avenir mais, pour l'instant, sont apparues ces pustules.

Le roi Ajatashatru souffrit d'une grave infection pour avoir commis les Cinq Fautes capitales et s'être opposé au Sûtra du Lotus. Mais ses pustules disparurent instantanément lorsque la lumière produite par la méditation du Bouddha, aussi bienveillante que la lune, éclaira son corps. Et, malgré la prédiction qu'il ne restait au roi que vingt et un jours à vivre, sa vie fut prolongée de quarante ans. Profondément reconnaissant, il accorda son plein soutien à mille arhats pour qu'ils recueillent par écrit les enseignements d'or du Bouddha, permettant ainsi la propagation du bouddhisme dans les périodes de la Loi correcte, de la Loi formelle, et des Derniers Jours de la Loi.

Vos furoncles n'ont qu'une seule origine, votre opposition au Sûtra du Lotus. Le pouvoir de guérison de la Loi merveilleuse que vous pratiquez maintenant est supérieur à celui de la méditation aussi bienveillante que la lune [du Bouddha, comment, alors, votre infection pourrait-elle ne pas guérir et votre vie ne pas être prolongée ? Si mes paroles se révèlent fausses, vous serez en droit de crier : « Le Bouddha, oeil du monde entier, est un grand menteur, et le Sûtra du Lotus du Véhicule suprême n'est qu'une collection de mensonges! L'Honoré du monde doit me donner une preuve, s'il se soucie de son honneur ! Tous les hommes vertueux et les sages doivent venir me protéger s'ils ne veulent pas trahir leur engagement ! » .

Il est impossible de confier à une lettre tout ce que l'on voudrait dire, et les mots ne suffisent pas pour exprimer tout ce que l'on a dans le coeur. Le reste devra attendre jusqu'à notre prochaine rencontre.

Respectueusement

Nichiren

Le troisième jour du onzième mois.

 

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