Juryo

Présentation du Chapitre Juryo
 du Sûtra du Lotus

Ju de Juryo signifie « la vie du Bouddha », et spécifiquement celle du bouddha Shakyamuni. Ryo siginifie « approfondir ». Le chapitre Juryo est celui qui révèle la profondeur et la durée de l'illumination de Shakyamuni. Ceci ne veut pas dire que le chapitre Juryo révèle l'éternité de la vie. L'éternité de la vie était une croyance très répandue dans l'Inde antique et n'a par conséquent pas besoin d'être discutée dans le chapitre Juryo. Le point central de ce chapitre est le durée de la vie de Shakyamuni en tant que bouddha.

    Dans ce chapitre, Shakyamuni parle de ce si lointain passé, époque où il atteignit pour la première fois la boddhéité. Il dit aussi que, depuis lors, il n'a cessé d'enseigner la Loi aux hommes. A cette époque, on croyait que Shakyamuni était né prince, avait commencé à pratiquer jeune homme et avait atteint la boddhéité à Bodh Gaya. On croyait aussi qu'il n'avait pas été bouddha avant et qu'il avait pu le devenir parce qu'il était un être particulier. Les enseignements du chapitre Durée de la Vie réfutaient entièrement ces vues erronées.

    Le doute persistait pourtant. On se demandait pourquoi le Bouddha, bien qu'ayant atteint l'illumination depuis si longtemps, était né mortel et pratiquait aussi les austérités au lieu d'être né bouddha. La réponse à cette question est que, même si l'on a atteint la boddhéité, les neuf autres états de la vie ne disparaissent pas. Un bouddha apparaît dans le monde comme un homme ordinaire possédant les neuf états. La boddhéité ne peut pas exister en dehors des neuf états dans la même entité de vie.

    Le chapitre Durée de la Vie relate que Shakyamuni a été Bouddha depuis un lointain passé, une période impossible à imaginer pour nous. Bien qu'incroyablement lointaine, elle a quand même des limites ; Shakyamuni a pratiqué la Loi pour devenir bouddha pendant ce lointain passé, mais la Loi elle-même est éternelle. La Loi n'a ni commencement ni fin. Elle existe à la fois dans l'univers et à l'intérieur de notre vie, de la même façon pour tous.

 

Texte du Chapitre Juryo

A cette époque, le Bouddha s'adressa aux bodhisattva et à la foule tout entière : "Hommes de foi sincère, croyez les vraies paroles de Bouddha et appliquez-les". A nouveau, le Bouddha s'adressa au peuple : "Croyez les vraies paroles du Bouddha et appliquez-les". Une fois de plus, le Bouddha s'adressa à la foule : "Croyez les vraies paroles du Bouddha et appliquez-les". Conduit par Maitreya, les bodhisattva et la foule joignirent leurs mains et dirent au Bouddha : "O Bhagavat, notre seul désir est que vous nous instruisiez. Nous croirons certainement les paroles du Bouddha". Ils parlèrent ainsi trois fois, répétant les mots : "Notre seul désir est que vous nous instruisiez. Nous croirons certainement les paroles du Bouddha". Quand Bhagavat vit que les bodhisattva répétaient leur demande trois fois et plus, sans arrêt, il s'adressa à eux : "Écoutez bien et entendez le secret du Tathagata et son mystérieux pouvoir".

    Tous les dieux, hommes et asura de ce monde croient que, après avoir quitté le palais des Shakya, le bouddha Shakyamuni s'assit à l'endroit de la révélation, non loin de la ville de Gaya, et atteignit là l'illumination suprême. Pourtant, hommes de foi sincère, le temps est sans limite ni bornes - cent, mille, dix mille, cent mille myriades d'éons (se sont écoulés) depuis que j'ai réellement atteint la boddhéité.

    Supposez que quelqu'un réduise cinq cents, mille, dix mille, cent mille, nayuta, asogi systèmes de mondes majeurs en particules de poussière, puis qu'il les emporte vers l'est, lâchant une particule chaque fois qu'il franchit cinq cents, mille, dix mille, cent mille, nayuta, asogi mondes. Supposez qu'il continue ainsi sa route vers l'est jusqu'à ce qu'il ait épuisé toutes les particules. Hommes de foi sincère, quelle est votre opinion ? Le total de tous ces mondes peut-il être imaginé ou calculé ?

    Le bodhisattva Maitreya et les autres dirent au Bouddha : "Bhagavat, ces mondes sont infinis et sans limite. Ils sont au-delà de tout calcul. Ils dépassent le pouvoir de l'imagination. Même si tous les hommes des états d'étude et d'absorption réfléchissaient avec leur sagesse libre d'illusion, aucun ne pourrait en saisir le nombre. Bien que nous soyons parvenus à un stade où nous ne régresserons jamais, nous sommes totalement incapables de comprendre cela. Bhagavat, ces mondes sont infinis et sans limite". Alors, le Bouddha s'adressa aux grands bodhisattva : "Maintenant, hommes de foi sincère, je le proclame clairement devant vous : supposez que tous ces mondes - qu'ils aient reçu une particule ou non - soient une fois de plus réduits en poussière. Considérez qu'une particule représente un éon. Alors, le temps écoulé depuis que j'ai atteint la boddhéité surpasse ceci de cent, mille, dix mille, cent mille, nayuta, asogi éons".

    Et toujours depuis j'ai été en ce monde pour enseigner la Loi. J'ai aussi guidé et protégé les hommes de cent, mille, dix mille, cent mille, nayuta, asogi autres mondes.

    Hommes de foi sincère, pendant ce temps je donnais mon enseignement sur le bouddha Dipamahara et d'autres, expliquant que je ferais cesser toutes les souffrances et mourrais. Tout cela, je l'ai fait en utilisant diverses méthodes d'enseignement adaptées aux capacités des hommes.

    Hommes de foi sincère, quand le peuple venait à moi, je percevais avec les yeux du Bouddha le degré de sa foi et de ses autres capacités. Alors, selon que son esprit était ouvert ou non, je faisais mon apparition dans de nombreux mondes, sous différents noms, et lui apprenais combien de temps mon enseignement serait efficace. En d'autres occasions, quand j'apparaissais, je disais aux hommes que je devais bientôt entrer dans le nirvana, et j'ai exposé de bien des façons les enseignements merveilleux et ai fait en sorte de réjouir leur coeur.

    Hommes de foi sincère, le Tathagata, remarquant que ces hommes, peu vertueux et souillés par leurs fautes, suivaient des lois inférieures, leur enseigna : "J'ai renoncé au monde dans ma jeunesse et j'ai atteint l'illumination". Cependant, depuis que j'ai atteint la boddhéité, il s'est écoulé en vérité un temps excessivement long ; je l'ai déjà révélé. C'était seulement un moyen dont j'ai usé pour donner mon enseignement aux hommes et faire qu'ils s'engagent sur le chemin de la boddhéité.

    Hommes de foi sincère, tous les sûtra que le Tathagata a exposés ne sont destinés qu'à sauver les hommes de leurs souffrances. Ou j'ai parlé de moi, ou j'ai parlé des autres, ou je me suis présenté, ou j'ai présenté les autres, ou j'ai montré mes actes, ou j'ai montré ceux des autres. Toutes mes doctrines sont vraies et aucune n'est erronée. La raison en est que le Bouddha perçoit le véritable aspect du monde aux trois apparences exactement tel qu'il est. Il n'y a ni flux ni reflux de la naissance et de la mort, ni vie dans ce monde ni anéantissement plus tard. Il n'est ni substantiel ni vide, ni cohérent ni divers. Et ce n'est pas non plus ce qu'en aperçoivent ceux qui vivent dans le monde aux trois aspects. Le Bouddha voit clairement toutes ces choses-là sans erreur.

    Puisque les hommes ont des natures, des désirs et des modes de comportement différents, ainsi que des idées et des jugements variés, je leur ai proposé différents enseignements, grâce à diverses histoires de relations de cause à effet, paraboles et autres moyens dans mon désir de planter les graines de l'illumination dans leur coeur. J'ai poursuivi cette pratique bouddhique sans trêve.

    Depuis que j'ai atteint la boddhéité, une période inimaginablement longue s'est écoulée. Ma vie a toujours existé et ne finira jamais. Hommes de foi sincère, j'ai aussi jadis pratiqué les austérités de bodhisattva et la vie que j'ai acquise alors n'est pas encore épuisée. Ma vie durera encore deux fois plus d'éons. Bien que je ne meure jamais réellement, je prédis ma propre mort. Par ce moyen, le Bouddha enseigne aux hommes.

    Si le Bouddha reste trop longtemps dans ce monde, ces hommes de faible vertu ne pourront pas accumuler la bonne fortune nécessaire pour atteindre l'illumination. Ils tomberont dans des vies pauvres et quelconques. S'ils suivent les cinq désirs, ils seront pris dans les rets des pensées erronées et des idées inférieures. En voyant le Bouddha constamment présent et immortel en ce monde, ils deviendront non seulement arrogants et égoïstes, mais il négligeront leur pratique du bouddhisme. De plus, ils ne pourront pas comprendre combien il est difficile de rencontrer le Bouddha et risqueront de perdre leur respect pour lui.

    Donc, le Bouddha enseigne un moyen : "Sachez, vous, les moines, qu'il est rare de vivre à une époque où le Bouddha apparaît dans le monde". La raison en est que même après un laps de temps infini de cent, mille, dix mille, cent mille éons, certains hommes à la vertu faible peuvent avoir la chance de voir un bouddha, mais d'autres ne le peuvent pas encore. C'est pourquoi je vous déclare : "Moines, c'est un événement rare que quelqu'un puisse voir le Bouddha". Quand les hommes entendent ces mots, ils sont certains de comprendre combien il est rare de voir un bouddha, et ils en viennent alors à le rechercher et à souhaiter sa venue. De cette façon, ils plantent la cause de l'illumination dans leur coeur. C'est pourquoi le Bouddha annonce sa propre mort bien qu'il ne s'éteigne pas réellement.

    Vous, hommes de foi sincère, n'importe quelle loi de n'importe quel bouddha est toujours ainsi. Puisque les bouddha révèlent les lois afin de sauver les hommes, toutes sont vraies et non erronées.

    Imaginez un sage et habile médecin qui peut fabriquer des médicaments pour soigner n'importe quelle maladie. Il a de nombreux fils, peut-être dix, vingt, ou même cent. Il part dans une région éloignée pour voir une quelconque affaire. Quelques temps plus tard, tous les enfants prennent du poison qui les met au supplice et ils tombent à terre en se tordant de douleur.

    A ce moment, le père revient chez lui et voit que tous ses enfants ont pris du poison. Certains ont perdu l'esprit et d'autres non. Voyant leur père de retour, ils sont remplis de joie et s'agenouillent pour l'implorer : "C'est une bonne chose que vous soyez rentré sain et sauf. Nous avons été stupides et, par erreur, nous avons bu du poison. Nous vous prions de nous soigner et de nous permettre de vivre plus longtemps."

    Le père, voyant ses enfants subir un tel supplice, se reporte à divers traitements. Puis, rassemblant de bonnes herbes médicinales aux couleurs ravissantes, au parfum et à la saveur exquis, il les pile, les tamise et les mélange. Les donnant à ses enfants, il leur dit de les prendre : "Ce médicament hautement bénéfique est parfaitement doté de couleur, parfum et saveur exquis. Vous devez le prendre, et vous serez rapidement guéris de ce supplice et d'une foule d'autres afflictions."

    Ceux des nombreux enfants qui n'ont pas perdu l'esprit peuvent voir que la couleur et le parfum du médicament sont bons, aussi le prennent-ils et sont-ils complètement guéris de leur maladie. Les autres qui ont perdu l'esprit sont tout aussi heureux de voir leur père de retour et lui demandent de les soigner, mais quand il leur donne le médicament, ils refusent de le prendre.

    Ils agissent ainsi parce que le poison a profondément pénétré dans leur vie, provoquant la perte de leur esprit; donc ils pensent que ce remède bénéfique est inefficace malgré sa couleur et son parfum agréables. Alors, le père réfléchit : "Mes pauvres enfants! Le poison a pris possession d'eux et a corrompu leur coeur. Bien qu'ils soient heureux de me voir et me demandent de les guérir, ils refusent de prendre ce bon remède que je leur offre. Maintenant, je dois utiliser quelque moyen pour les amener à le prendre". Aussi, il leur dit ceci : "Enfants, écoutez! Je suis maintenant âgé et faible. Ma vie touche à sa fin. Je laisse maintenant ici ce bon remède pour vous. Vous devez le prendre et ne pas penser qu'il est inefficace". Les conseillant ainsi, il repart pour une autre région, d'où il envoie un messager qui vient annoncer : "Votre père est mort".

    En entendant que leur père était mort, les fils sont pris de graves remords et réfléchissent : "Si notre père était en vie, il aurait pitié de nous et nous protégerait, mais, maintenant, il nous a abandonnés et il est mort dans un lointain pays. Nous ne sommes plus que des orphelins sans personne sur qui compter". Dans leur chagrin infini, ils s'éveillent finalement. Ils comprennent que le remède a réellement une couleur, un parfum et une saveur excellents, et ils le prennent et sont guéris de leur empoisonnement. Le père, entendant que ses enfants sont guéris, revient chez lui et leur apparaît à tous. "Maintenant. Hommes de foi sincère, que pensez-vous de cela ? Quelqu'un peut-il dire que cet excellent médecin est un menteur ?" "Non, grand sage". Alors le Bouddha parle : "Il en est de même pour moi. Le temps est sans limite - cent, mille, dix mille, cent mille, nayuta, asogi éons depuis j'ai atteint la boddhéité. Pour les hommes, j'ai utilisé ces moyens, parlant de ma propre mort. Cependant, aucun ne peut raisonnablement m'accuser du péché de mensonge".

    A ce moment, le grand sage, désirant mettre l'accent sur cet enseignement, parla en vers :

    Depuis que j'ai atteint la boddhéité,
    D'innombrables éons se sont écoulés,
    Cent, mille, dix mille,
    Cent mille, asogi éons.
    J'ai continuellement enseigné la Loi
    Pendant ces éons innombrables
    Et permis à d'infinis millions d'hommes
    De prendre le chemin de la boddhéité.
    Je laisse le peuple être témoin de mon nirvana,
    Comme moyen de le sauver.
    Pourtant, je ne meurs pas réellement
    Mais je suis toujours ici, enseignant la Loi.
    Je suis ici éternellement
    Utilisant mes pouvoirs mystiques
    Pour guider les hommes pervertis
    Incapables de me voir bien que je sois proche.
    Quand ils voient mon décès
    Et rendent grand hommage à mes reliques,
    Tous ressentent du regret
    Et la vénération jaillit dans leur coeur.
    Alors le peuple en est venu à croire.
    Sincère et modeste,
    Son seul désir est de voir le Bouddha
    Et il ne donne pas sa vie à contrecoeur.
    A ce moment, moi et mes disciples
    Apparaissons ensemble sur le pic du Vautour.
    Alors je dis aux hommes
    Que je suis toujours ici, jamais mort,
    Et que ma naissance et ma mort ne sont que des moyens.
    Si dans d'autres mondes il y a
    Ceux qui révèrent, cherchent et croient,
    Parmi eux j'enseignai aussi
    La plus élevée de toutes les lois.
    Mais vous refusez de prêter attention à mes paroles,
    Et pensez seulement que je meurs.
    Je vois les hommes submergés d'une mer de douleur,
    Pourtant je ne me montre pas encore
    Mais les amène à désirer me voir.
    Quand leurs coeurs commencent à soupirer
    J'apparais aussitôt pour enseigner la Loi.
    Mon pouvoir mystique est celui-ci.
    Depuis d'innombrables éons
    J'ai toujours été au pic du Vautour
    Et dans diverses autres régions.
    Même quand l'humanité verra le monde
    Consumé dans les flammes
    Durant l'éon du déclin,
    Ceci, mon pays, demeurera en paix.
    Les divinités et les hommes sont toujours assemblés ici.
    Les jardins et les palais sont décorés de pierres précieuses,
    Des arbres rares sont couverts de fleurs et de fruits.
    En ce monde, les hommes vivent dans le bonheur.
    Toutes les divinités frappent sur les tambours célestes
    Une symphonie harmonieuse, sans fin.
    Les fleurs blanches de mandara pleuvent
    sur le Bouddha et sur les hommes.
    Mon pays pur est indestructible
    Mais les hommes le voient néanmoins
    Rempli de tristesse, de crainte et de souffrances,
    Lieu de troubles innombrables.
    Tous ces hommes qui ont commis des fautes
    Sont enchaînés par leur mauvais karma
    Et n'ont pas entendu les noms
    Des trois trésors
    Depuis des myriades d'éons.
    Tous ceux qui accumulent de grands bienfaits,
    Les hommes qui sont humbles et honnêtes
    Peuvent tous me voir tel que je suis,
    Résidant en ce monde et enseignant la Loi.
    Parfois j'enseigne à ces hommes
    Que la vie du Bouddha est éternelle.
    Et à ceux qui ne voient le Bouddha qu'après une longue période
    J'enseigne qu'il est difficile de rencontrer le Bouddha.
    Tel est le pouvoir de ma sagesse.
    Elle éclaire infiniment loin et
    Ma vie dure depuis des éons innombrables.
    J'ai obtenu ceci après une longue pratique.
    Vous, hommes sages!
    Délivrez-vous de tous vos doutes à ce sujet.
    Extirpez-les une fois pour toutes.
    Les paroles du Bouddha sont vraies, non fausses.
    Il est comme l'excellent médecin,
    Utilisant certains moyens pour guérir ses enfants abusés.
    Il vit mais leur dit qu'il est mort.
    Personne ne peut qualifier d'erronés ses enseignements.
    De plus, je suis le père de ce monde
    Qui sauve la totalité de ses hommes souffrants et affligés.
    Pour les hommes ligotés et abusés
    Je parle de mon nirvana
    Bien que je continue en réalité à vivre.
    Car s'ils pouvaient toujours me voir ici,
    Ils commenceraient à devenir arrogants.
    Indulgents pour eux-mêmes et tournés vers les cinq désirs de base,
    Ils tomberaient dans les voies du mal.
    Je connais toujours les hommes,
    Qu'ils pratiquent la voie ou non.
    D'après cela, j'expose les diverses lois
    Les plus appropriés à leur salut.
    Je réfléchis toujours
    A la manière de conduire les hommes au chemin suprême
    De sorte qu'ils puissent atteindre la boddhéité
    Sans délai.

 

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