Lettre-gozen

Nichiren écrivit cette lettre au mont Minobu, à une femme qui vivait à l'île de Sado pour exprimer sa gratitude pour des dons, et, explique les grands bienfaits qu'entraînent les offrandes faites à celui qui pratique le Sûtra du Lotus à l'époque des derniers jours de la Loi.

Source: L&T
 Vol.4, p.161

 (ACEP)

Lettre à Kô no ama Gozen

J'ai reçu trois cents mon de la part de la femme d'Abutsu-bô. Puisque vous avez toutes deux le même coeur, faites-vous lire cette lettre et écoutez-la ensemble.

J'ai également reçu le kimono d'été que vous m'avez fait parvenir, depuis l'île de Sado [sur laquelle vous vivez] jusqu'ici, en cette région de montagne éloignée, le domaine d'Hakiri dans la province de Kai. Il est dit, dans le quatrième volume du Sûtra du Lotus, au chapitre Hosshi : « La personne qui cherche la Voie du Bouddha et qui, pendant un kalpa, joignant les mains devant moi, récitera d'innombrables vers à ma louange, parce qu'elle aura fait l'éloge du Bouddha, obtiendra des bienfaits incommensurables. Mais la bonne fortune qu'obtiendront ceux qui louent et honorent les pratiquants de ce Sûtra sera plus grande encore ».

Cela signifie que le bienfait obtenu en faisant des offrandes à un pratiquant du Sûtra du Lotus, à l'époque des Derniers Jours de la Loi, est encore supérieur à celui qui résulte de servir de tout son coeur un bouddha aussi noble que Shakyamuni, par la parole, par la pensée et par l'action, pendant toute la durée d'un kalpa moyen. Cela semble invraisemblable mais comme ce sont les paroles d'or du Bouddha, rien n'autorise à en douter.

Le Grand Maître Miao-lo clarifie un peu plus ce passage en disant : « Ceux qui s'opposeront à nous [aux personnes qui enseignent la Loi] auront la tête brisée en sept morceaux, tandis que la bonne fortune de ceux qui [leur] feront des offrandes dépassera celle d'une personne dotée des Dix Titres honorables ». Autrement dit, faire un dont au Pratiquant du Sûtra du Lotus à l'époque des Derniers Jours de la Loi procure de plus grands bienfaits que faire des offrandes au Bouddha doté des Dix Titres honorables. Et cela signifie aussi que ceux qui s'opposent au Pratiquant du Sûtra du Lotus en cette époque impure auront la tête brisée en sept morceaux.

Moi, Nichiren, je suis la personne la plus détestable du Japon. J'ignore ce qu'il en fut pendant les sept règnes des divinités du ciel et les cinq règnes des divinités de la terre, mais tout au long des quatre-vingt-dix règnes des rois humains, depuis l'époque de l'empereur Jimmu jusqu'à nos jours, ou pendant plus de sept cents ans, depuis l'empereur Kimmei [sous le règne duquel le bouddhisme fut introduit au Japon], personne n'a été plus haï que Nichiren, pour des raisons profanes aussi bien que religieuses. Mononobe no Moriya fit incendier des temples et des pagodes, et le nyûdô Kiyomori fit détruire les temples Tôdai-ji et Kôfuku-ji, mais les gens de leur clan n'ont pas nourri de haine à leur égard. Masakado et Sadatô se rebellèrent contre l'empereur et le Grand Maître Dengyo fut détesté par les moines des sept temples [principaux de Nara], mais il ne fut pas en butte à la haine des moines, des nonnes, des croyants et croyantes laïques du Japon tout entier. Par contre, en ce qui me concerne, tous - mes propres parents, frères, maîtres et condisciples, des personnes les plus modestes jusqu'aux plus haut placées - me traitent comme si j'étais l'ennemi juré de leur famille, ou me manifestent plus d'hostilité que si j'étais un traître ou un malfaiteur.

Ainsi, à certains moments, j'ai été calomnié par plusieurs centaines de personnes ; à un autre moment, confronté à mille personnes à la fois, j'ai été persécuté par le sabre et par le bâton. J'ai été chassé de ma demeure et banni de ma province. Finalement, à deux reprises, j'ai encouru la disgrâce du régent du pays, étant une première fois exilés à Izu, et une seconde foi, sur l'île de Sado. Lorsque je fis banni sur cette île de la mer du Nord, je n'avais ni suffisamment de nourriture pour vivre, ni même des vêtements en lianes de glycines tressées pour me couvrir le corps. Les habitants, moines aussi bien que laïcs de cette province, ont été encore plus hostiles à mon égard que les hommes et les femmes de la province de Sagami. Abandonné dans un champ, sans protection contre la neige, j'ai survécu en mangeant des herbes.

J'avais l'impression de connaître le sort de Sou Wou qui survécut pendant dix-neuf ans dans la terre des barbares du nord en mangeant de la neige, ou de Li-ling, emprisonné pendant six ans dans une grotte au bord de la mer du Nord. J'ai connu ces épreuves sans avoir commis le moindre crime, mais seulement pour avoir voulu sauver tous les habitants du Japon.

Toutefois, alors que je vivais ainsi [en exil] dans votre pays, vous et votre mari [Kô-nyûdô], en vous cachant du regard des autres, de nuit, vous m'avez apporté de quoi manger. En certaines occasions, sans craindre la menace des autorités provinciales, vous n'avez pas hésité à lier votre sort au mien. C'est pourquoi, malgré tant de difficultés endurées dans cette province [de Sado], au moment de vous quitter, j'ai ressenti comme un regret de partir. C'était comme si j'avais été retenu par le col ou comme si j'avais été repoussé en arrière à chaque pas que je faisais pour m'éloigner.

Je me demande quel lien karmique nous avons formé par le passé. Et maintenant encore, au moment même où je m'interrogeais sur ce phénomène mystérieux, vous m'avez envoyé comme messager [loin de votre demeure] votre mari qui vous est cher. Est-ce un rêve ou une illusion ? Je ne peux pas vous voir en personne, mais je suis certain que votre coeur est présent ici avec moi. Si vous éprouvez un jour le désir de voir Nichiren, le matin, regardez le soleil lorsqu'il se lève et le soir, la lune lorsqu'elle apparaît. Invariablement, vous verrez mon reflet sur le soleil et sur la lune. Dans la prochaine vie, sur la Terre pure du pic du Vautour, nous nous retrouverons.

    Nam Myoho Rengue Kyo, Nam Myoho Rengue Kyo.

Nichiren

Le seizième jour du sixième mois

 

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