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Nichiren commence par citer le chapitre Hôben du Sûtra du Lotus pour se référer à la fusion entre une personne et l'objet qui lui permet d'atteindre l'illumination. Il continue en disant que Nam Myoho Renge Kyo est la Loi qui englobe ces deux éléments. Ensuite, il précise que le maître et ses disciples qui ne font pas de remontrances à ceux qui commettent des offenses tomberont dans l'état d'enfer. Il termine en affirmant que malgré toute son ardeur à sauver les êtres humains, nulle personne ne pourra être sauvée si elle refuse de mettre en pratique ce qui est exposée dans cette lettre.
Source : L&T Vol.1, p.181 (Ed. ACEP)
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Mise en Garde contre l'Offense à la Loi
LE CHAPITRE HÔBEN, dans le premier volume du Sûtra du Lotus, dit : « La sagesse de tous les bouddhas est infiniment profonde et incommensurable ». T'ien-t'ai commente : « Infiniment profonde indique la réalité atteinte par le Bouddha, qui est aussi vaste que le lit large et insondable d'une rivière. Parce que le fond de la rivière est infiniment profond, les eaux de la sagesse du Bouddha sont incommensurables ».
Le Sûtra et son interprétation disent clairement que le chemin de l'illumination est contenu dans les deux éléments de la réalité (kyô) et de la sagesse (chi). La réalité désigne l'entité de tous les phénomènes de l'Univers, et la sagesse représente la manifestation parfaite de cette entité dans la vie de l'individu. Quand la réalité est le lit d'une rivière infiniment large et profonde, les eaux de la sagesse s'écoulent sans fin. L'illumination est la fusion de la sagesse et de la réalité.
Tous les sûtras exposés avant le Sûtra du Lotus sont des enseignements provisoires, qui ne peuvent conduire à l'illumination parce qu'ils séparent sagesse et réalité. A l'inverse, le Sûtra du Lotus lie les deux. Il expose le but de la venue des bouddhas en ce monde : ouvrir la porte de la sagesse du Bouddha, la révéler, la faire connaître à tous les êtres et les y faire entrer. Tout le monde peut atteindre l'illumination en s'éveillant à cette sagesse du Bouddha.
Le chapitre Hôben dit que la sagesse du Bouddha est bien au-delà de la compréhension des gens des Deux Véhicules : « Ni les hommes dans l'état d'étude (shômon), ni les sages dans l'état d'éveil personnel (engaku), ne peuvent la saisir ».
Que sont alors ces deux éléments de réalité et de sagesse ? Simplement Nam Myoho Renge Kyo. Shakyamuni fit appel aux bodhisattvas sortis de la Terre, ses disciples depuis des temps reculés, pour leur transmettre cette Loi, essence de ses enseignements.
Le Sûtra du Lotus dit que le bodhisattva Jôgyô et les autres bodhisattvas sortis de la terre apparaîtront pendant les cinq cents premières années des Derniers Jours de la Loi pour propager la Loi mystique, cristallisation de la réalité et de la sagesse. C'est parfaitement clair dans le Sûtra. Qui oserait le contester ? Moi, Nichiren, ne suis ni le bodhisattva Jôgyô ni son messager, mais j'ai été le premier à entreprendre la propagation de la Loi mystique, et l'ai déjà enseignée largement. Le bodhisattva Jôgyô a reçu l'eau de la sagesse de la Loi mystique du bouddha Shakyamuni pour la répandre sur cette terre dévastée qu'est la vie des hommes dans la période des Derniers Jours de la Loi. Telle est la fonction de la sagesse. Shakyamuni a confié cet enseignement au bodhisattva Jôgyô et maintenant Nichiren le propage au Japon. Au sens large, cette transmission concerne tous les bodhisattvas sortis de la Terre mais, au sens étroit, elle a été confiée spécifiquement au bodhisattva Jôgyô. Si vous confondez le général et le spécifique, si peu que ce soit, vous ne serez jamais en mesure d'atteindre l'illumination et errerez sans fin dans des vies de souffrance.
Ainsi, les gens dans l'état d'étude à l'époque de Shakyamuni avaient reçu de lui la graine de l'illumination dans un passé lointain, lorsqu'il était le seizième fils du bouddha Daitsû. Ils ne peuvent donc atteindre l'illumination en suivant Amida, Yakushi ni aucun autre bouddha. Ou, pour prendre un autre exemple, si quelqu'un ramène chez lui de l'eau de l'océan, toute sa famille peut s'en servir. Il serait terriblement inopportun et même insensé de refuser absolument d'en faire usage pour aller chercher l'eau d'un autre océan. De même, celui qui oublierait le maître originel qui, le premier, lui a apporté l'eau de la sagesse puisée dans le grand océan du Sûtra du Lotus, et en suivrait un autre à la place, sombrerait à coup sûr dans le cycle sans fin des souffrances de la vie et la mort.
Un disciple doit abandonner même son maître, si celui-ci s'égare. Pourtant, cela n'est pas nécessaire. Il doit prendre sa décision en tenant compte à la fois des lois de la société et du bouddhisme. Ignorants de la Loi bouddhique, la plupart des moines dans les Derniers Jours de la Loi deviennent si prétentieux qu'ils méprisent la maître originel et flattent de nouveaux protecteurs. Seuls les moines honnêtes qui ont peu de désirs et sont heureux avec le peu qu'ils ont peuvent être appelés « moines » dans le vrai sens du mot. Le premier volume du Hokke Mongu dit : « Un moine qui n'a pas encore atteint l'illumination doit se faire humble devant la Loi suprême et tous les saints bouddhiques. Alors, il a la véritable modestie. Quand il manifestera la sagesse du Bouddha, il deviendra un véritable moine ».
Dans le Sûtra du Nirvana, Shakyamuni affirma : « Si un moine, même vertueux, voit quelqu'un s'opposer à la Loi et ne s'en soucie pas, négligeant de lui faire des reproches, de le chasser ou de le punir pour son offense, alors ce moine trahit le bouddhisme. Mais s'il réprimande durement celui qui s'oppose à la Loi, le chasse ou le punit, alors il est mon disciple et quelqu'un qui comprend véritablement mes enseignements ». N'oubliez jamais cette exhortation à ne pas laisser les autres s'opposer au bouddhisme. Le maître et le disciple tomberont sans aucun doute dans l'enfer des souffrances incessantes s'ils voient des ennemis du Sûtra du Lotus et négligent de leur en faire reproche. Le grand maître Nan-yue écrivit : « Ils tomberont en enfer avec les personnes mauvaises ». Rechercher l'illumination sans rejeter l'opposition à la Loi est aussi futile qu'essayer de trouver de l'eau au milieu des flammes, ou du feu dans l'eau. Même celui qui a sincèrement foi dans le Sûtra du Lotus finira par tomber immanquablement en état d'enfer s'il transgresse ses enseignements, tout comme une seule patte de crabe suffit à gâcher mille pots de laque. Tel est le sens de cette citation du Sûtra du Lotus : « Le poison a pénétré profondément, les amenant à perdre l'esprit ».
Le Sûtra du Lotus nous enseigne encore : « Vie après vie, ils sont toujours nés ensemble avec leurs maîtres dans les terres de bouddha de l'Univers entier » Et : « Si quelqu'un recherche celui qui enseigne la Loi, il atteindra rapidement la voie du bodhisattva. S'il suit son maître et étudie avec lui, il pourra voir autant de bouddhas qu'il y a de grains de sable dans le Gange ». T'ien-t'ai commente cela ainsi : « Celui qui, pour la première fois, a recherché l'illumination en suivant ce bouddha, le suivra à nouveau et atteindra un niveau de foi d'où il ne pourra pas régresser ». Miao-lo ajoute : « Celui qui entend parler de la Loi pour la première fois, de la bouche d'un bouddha ou d'un bodhisattva, reviendra auprès du même bouddha ou bodhisattva pour atteindre l'illumination ». Par-dessus tout, ne suivez personne d'autre que votre maître initial et persévérez jusqu'à atteindre la boddhéité. Shakyamuni est le maître originel de tous les êtres humains, ainsi que leur souverain et leur parent. Parce que j'ai exposé cet enseignement, j'ai été exilé et j'ai failli être tué. Comme le dit le proverbe : « Un bon conseil est difficile à entendre », mais je n'en suis pas pour autant découragé. Le Sûtra du Lotus est comme la graine, le Bouddha comme le semeur, et les hommes comme le champ. Si vous allez contre ces principes, même moi, Nichiren, ne pourrai vous sauver dans votre prochaine vie.
Avec mon profond respect, Nichiren
Le troisième jour du huitième mois de la seconde année de Kanji (1276)

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