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Rissho Ankoku Ron 3° partie
“Traité pour la pacification du pays par l'établissement de la Loi correcte”
EN ENTENDANT cela, rougissant de colère le visiteur répondit : « L'empereur Ming de la fin de la dynastie Han, ayant saisi le sens du rêve où lui était apparu un homme doré, fit bon accueil aux enseignements du bouddhisme amenés de Chine par des missionnaires montant des chevaux blancs. Après avoir puni Mononobe no Moriya pour son opposition au bouddhisme, le prince Shôtoku entreprit de construire des temples et des pagodes au Japon.
Depuis cette époque, du souverain suprême aux masses innombrables, tous ont vénéré les statues du Bouddha et ont attentivement étudié les écrits bouddhiques.
Il en a résulté que dans les monastères du mont Hiei et de Nara, la capitale du Sud, dans les grands temples Onjô-ji et Tô-ji, dans tout le pays à l'intérieur des quatre mers, dans les cinq provinces autour de la capitale et dans les sept régions périphériques, les écrits bouddhiques ont été classés, comme des étoiles dans le ciel, et le pays s'est couvert d'une nuée de temples.
Ceux qui se réclament de Shariputra observent la lune du haut du Pic du Vautour tandis que ceux qui adhèrent aux traditions d'Haklenayasha transmettent les enseignements du mont Kukkutapada. Comment, alors, quelqu'un peut-il dire que les doctrines de Shakyamuni sont méprisées ou que les trois trésors du bouddhisme sont négligés ? Si une telle affirmation s'appuie sur la moindre preuve, j'aimerais bien l'entendre précisément. »
Désireux de clarifier le sens de ses propos, l'hôte répondit : « Certes, les temples du Bouddha s'élèvent toiture contre toiture et les bâtiments où sont conservés les sûtras s'alignent côte à côte. Les supérieurs de temples sont aussi nombreux que les bambous et les joncs, les moines aussi communs que les plants de riz et de chanvre. Les temples et les moines sont respectés depuis des siècles, et chaque jour, on leur manifeste à nouveau du respect. Mais les moines et les supérieurs d'aujourd'hui sont serviles et sournois, et ils trompent le peuple et l'égarent. Le souverain et ses ministres manquent de discernement et ne peuvent distinguer la vérité de l'hérésie.
Ainsi, il est dit dans le sûtra Ninnô : "De mauvais moines, dans l'espoir d'acquérir gloire et profit, se présentent en grand nombre devant le souverain, l'héritier présomptif ou les autres princes, pour prêcher des doctrines qui mènent à l'opposition à la Loi bouddhique et à la destruction du pays. Incapables de distinguer le vrai du faux, les souverains écoutent et adoptent de telles doctrines, créant des lois injustes et en désaccord avec les préceptes bouddhiques. De cette façon, ils provoquent la destruction du bouddhisme et du pays."
On lit dans le Sûtra du Nirvana : "Bodhisattvas, n'éprouvez aucune crainte en vos cœurs si vous vous trouvez, par exemple, en face d'éléphants sauvages. Mais de mauvais amis, voilà ce que vous devriez craindre ! Si vous êtes tués par un éléphant sauvage, vous ne tomberez pas dans les Trois Mauvaises voies. Mais si de mauvais amis sont cause de votre mort, vous tomberez inévitablement dans ces trois mauvaises voies."
Dans le Sûtra du Lotus on y dit : "Dans cet âge mauvais, il y aura des moines aux vues erronées et aux cœurs serviles et faux qui prétendront être parvenus à un stade qu'ils n'ont pas atteint, avec un cœur plein d'orgueil et de suffisance. On verra encore des moines retirés dans la forêt, vêtus de robes misérables, proclamer dans leur retraite qu'ils pratiquent la véritable voie, tout en méprisant et en regardant de haut le reste de l'humanité. Avides de profit et de nourriture, ils enseigneront le Dharma à des laïcs en robe blanche et seront respectés et vénérés du monde comme s'ils étaient des arhats dotés des Six Pouvoirs surnaturels...
"Sans cesse, ils iront parmi les populations, à seule fin de nous calomnier. Ils s'adresseront aux souverains, aux hauts dignitaires, aux brahmanes et aux grands bienfaiteurs du bouddhisme, aussi bien qu'aux autres moines pour nous dénigrer et nous accuser. Ils diront par exemple : 'Ce sont des hommes aux vues erronées qui prêchent des doctrines non bouddhiques'... Dans un kalpa marqué par les impuretés, en un âge mauvais, bien des choses seront à redouter.
"Les démons s'empareront des personnes de notre entourage et les pousseront à nous injurier, à nous rabaisser et à nous ridiculiser... Les mauvais moines de cet âge impur, incapables de comprendre les moyens utilisés par le Bouddha, et le fait qu'il enseigne le Dharma de la manière qui convient, nous couvriront d'insultes avec des visages furieux ; nous serons bannis encore et encore..."
Dans le Sûtra du Nirvana, le Bouddha dit : "Après ma disparition, et lorsque de nombreux siècles se seront écoulés, tous les sages des quatre degrés auront également disparu. Lorsque l'époque de la Loi correcte sera terminée et pendant l'époque de la Loi formelle, on verra des moines se plier en apparence aux règles de la vie monastique. Mais ils ne liront ou ne réciteront que rarement les sûtras, préférant consommer toutes sortes d'aliments et de boissons pour nourrir leur corps. Tout en portant la robe de moine, ils erreront en quête d'offrandes avançant à pas feutrés comme des chasseurs à l'affût. Ils seront comme des chats qui guettent une souris. Et ils répéteront sans cesse : "J'ai atteint le stade d'arhat!" Extérieurement, ils paraîtront sages et bons, mais en eux-mêmes ils entretiendront avidité et jalousie. Ils se récuseront en prenant des allures de brahmanes ayant fait vœu de silence. Ce ne seront pas de véritables moines, ils n'en auront que l'apparence. Consumés par leurs vues erronées, ils s'opposeront à la Loi correcte."
Quand nous observons le monde à la lumière de ces passages de sûtras, nous voyons que la situation actuelle correspond exactement à ce qu'ils décrivent. Si nous ne réprimandons pas les mauvais moines, comment pouvons-nous espérer faire le bien ? »
Le visiteur, plus indigné que jamais, dit : «Un monarque sage, en agissant en accord avec le ciel et la terre, améliore sa façon de gouverner; en distinguant le vrai du faux, un sage apporte le bien-être au monde. Les moines et les religieux du monde actuel bénéficient de la confiance de tout le pays. S'ils étaient réellement de mauvais moines, le souverain, qui est sage, ne leur accorderait pas sa confiance. S'ils n'étaient pas de véritables sages, les personnes capables et savantes ne les respecteraient pas. Mais puisque les notables et les érudits maintenant les honorent et les respectent, ils doivent être sans aucun doute des moines exemplaires. Pourquoi donc déversez-vous sur eux des accusations aussi extravagantes, et comment osez-vous les calomnier ? A qui vous référez-vous en parlant de "mauvais moines"? J'aimerais que vous me l'expliquiez plus clairement. »
L'hôte répondit : «Sous le règne de l'empereur Gotoba vécut un moine du nom de Hônen, auteur d'un ouvrage intitulé le Senchaku Shû. Il contredit les enseignements sacrés de Shakyamuni et sema la confusion parmi les hommes, dans les Dix Directions. On lit dans le Senchaku Shû : "Le moine chinois Tao-tch'ao établit une distinction entre Shôdô [les enseignements de la voie sacrée] et Jôdo [les enseignements de la Terre pure], exhortant les hommes à abandonner les premiers pour se consacrer aux seconds. Tout d'abord, il existe deux sortes d'enseignements de la voie sacrée [le Mahayana et le Hinayana]. De ce point de vue, on peut considérer que les enseignements du Mahayana ésotérique [Shingon] et les enseignements du Mahayana définitif [ceux du Sûtra du Lotus], font partie de la Voie sacrée. Dans ce cas, les écoles actuelles - Shingon, Zen, Tendai, Kegon, Sanron, Hossô, Jiron et Shôron - sont incluses toutes les huit dans la Voie sacrée." Dans son Ojô Ron Chu, le moine T'an-louan déclare : "En étudiant le Jûjûbibasha Ron de Nagarjuna, j'ai lu : ‘Il y a deux voies par lesquelles le bodhisattva peut atteindre l'état d'où l'on ne peut régresser. L'une est la Voie difficile à pratiquer, l'autre la Voie facile à pratiquer.’ La Voie difficile à pratiquer correspond à la Voie sacrée tandis que la Voie facile à pratiquer est la voie de la Terre pure. Les adeptes de l'école de la Terre pure doivent tout d'abord comprendre ce point. Même s'ils ont pu étudier antérieurement les enseignements appartenant à la Voie sacrée, s'ils aspirent à devenir adeptes de l'école de la Terre pure, ils doivent rejeter la Voie sacrée pour se consacrer aux enseignements de la Terre pure."
Hônen dit aussi : "Le moine chinois Chan-tao établit la distinction entre les pratiques correctes et incorrectes, exhortant les hommes à suivre les premières et à abandonner les secondes. Au sujet de la première des pratiques incorrectes, celles de lire et réciter les sûtras, il affirme qu'il ne faut réciter que le sûtra Kammuryôju et les sûtras de la Terre pure, et que réciter n'importe quel autre sûtra, Mahayana ou Hinayana, exotérique ou ésotérique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A propos de la troisième des pratiques incorrectes, celle de la vénération, il affirme que, en dehors de la vénération du bouddha Amida, le fait d'honorer ou de vénérer tout autre bouddha, bodhisattva ou divinité bouddhique, doit être considéré comme une pratique incorrecte. A la lumière de ce passage, il apparaît clairement que l'on devrait abandonner des pratiques aussi incorrectes pour se concentrer sur la pratique de l'enseignement de la Terre pure. Quelle raison aurions-nous d'abandonner les pratiques correctes de l'enseignement de la Terre pure qui affirment que, sur cent personnes, toutes sans exception renaîtront dans le paradis de l'Ouest, pour nous attacher à diverses pratiques et cérémonies qui ne peuvent même pas sauver une personne sur mille ? Ceux qui pratiquent le bouddhisme devraient méditer profondément sur cela !"
Par la suite, Hônen déclare : "Dans le Jôgen Nyûzô Roku, nous lisons que, à partir des six cents volumes du sûtra Daihannya jusqu'au sûtra Hôjôjû, les sûtras exotériques et ésotériques du bouddhisme du Mahayana comportent un total de 637 ouvrages répartis en 2883 volumes. Il faut maintenant remplacer tout cela par la seule récitation de la phrase du Mahayana. Sachez que, à l'époque où le Bouddha prêchait en fonction de la capacité de ses divers auditeurs, il enseigna pendant un certain temps les deux méthodes de la méditation concentrée et de la méditation sans concentration ? Mais, lorsqu'il révéla plus tard sa propre illumination, il cessa d'enseigner ces deux méthodes. Le seul enseignement qui, une fois révélé, ne cessera jamais d'être enseigné, est la doctrine unique du Nembutsu."
Hônen dit encore : "C'est dans le sûtra Kammuryôju que l'on trouve le passage selon lequel le pratiquant du Nembutsu doit posséder les Trois Sortes d'esprit. On peut lire en effet dans le commentaire de ce sûtra : Quelqu'un demanda : 'Si certains ont une compréhension et une pratique différentes de celles des adeptes du Nembutsu, comment peut-on s'assurer que, par leurs croyances divergentes et leurs pratiques erronées, ces personnes ne causeront pas de troubles ?' Nous voyons aussi que ces personnes aux vues erronées, avec leur compréhension et leurs pratiques différentes, sont comparées à une bande de brigands qui font rebrousser chemin aux voyageurs ayant déjà fait un ou deux pas sur leur route. Selon moi, lorsque ces passages parlent de compréhension différente, de pratiques différentes, de doctrines erronées et de croyances erronées, ils se réfèrent aux enseignements de la Voie sacrée."
Enfin, Hônen conclut : "Si l'on veut échapper rapidement aux souffrances de la vie et de la mort, après avoir comparé ces deux enseignements supérieurs, il faut laisser de côté les enseignements de la Voie sacrée et choisir ceux de la Terre pure. Et si l'on veut suivre les enseignements de la Terre pure, il faut distinguer entre les pratiques correctes et incorrectes, et abandonner toutes celles qui sont incorrectes pour se consacrer entièrement à celles qui sont correctes."
En examinant ces passages, nous voyons que Hônen cite les explications faussées de T'an-louan, Tao-tch'ao et Chan-tao afin d'établir les catégories qu'il appelle Voie sacrée et Terre pure, Voie difficile à pratiquer et Voie facile à pratiquer. Il classifie alors la totalité des 637 ouvrages en 2883 volumes qui comprennent les sûtras du Mahayana enseignés du vivant du Bouddha, y compris le Sûtra du Lotus et les sûtras du Shingon, en même temps que la croyance en tous les bouddhas, bodhisattvas et divinités bouddhiques, et range tout cela dans les catégories de la Voie sacrée, la Voie difficile à pratiquer, et les pratiques incorrectes, exhortant les hommes à "les rejeter, les fermer, les ignorer et les abandonner". Par ces quatre injonctions, il égare tous les êtres humains. Et, de plus, il qualifie tous les moines sages des trois pays [Inde, Chine et Japon], ainsi que tous les disciples du Bouddha des Dix Directions, de bande de brigands et les insulte. Par cela, il tourne le dos aux passages des trois sûtras de la Terre pure, sûtras de sa propre école, qui contiennent le serment d'Amida de sauver tous les êtres humains, "sauf ceux qui commettent les Cinq Fautes capitales ou calomnient la Loi correcte". Dans le même temps, il se révèle incapable de comprendre l'avertissement contenu dans le second volume du Sûtra du Lotus, le plus important sûtra exposé durant les cinq périodes d'enseignement de la vie du Bouddha, qui dit : "Celui qui refuse d'avoir foi en ce Sûtra et, au lieu de cela, s'y oppose... Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes".
Nous voici maintenant dans cette dernière période où les hommes ne sont plus des sages. Chacun entre dans les voies obscures, et tous oublient la voie directe. Quelle tristesse que personne n'ôte de leurs yeux le voile de l'ignorance ! Qu'il est pénible de les voir inutilement encourager de telles croyances erronées. Il en résulte que, du souverain au plus humble paysan, tout le monde croit qu'il n'existe pas de sûtras valables en dehors des trois sûtras de la Terre pure, et qu'il n'y a aucun autre bouddha que le bouddha Amida et ses deux acolytes.
Il y eut autrefois des hommes comme Dengyô, Gishins, Jikaku et Chishô qui parcoururent dix mille lieues sur les océans à la recherche des enseignements sacrés, ou qui franchirent toutes les montagnes et rivières du Japon pour contempler les statues du Bouddha qu'ils vénéraient.
Dans certains cas, ils bâtirent des temples au sommet de hautes montagnes pour y préserver ces écritures et ces statues; dans d'autres cas, ils construisirent, au fond de vallées encaissées, des lieux de culte où l'on pouvait vénérer et honorer de tels objets.
Si bien que les bouddhas Shakyamuni et Yakushi répandirent la lumière côte à côte, exerçant leur influence sur le présent et l'avenir, tandis que les bodhisattvas Kokûzô et Jizô apportaient des bienfaits pour la vie présente et la vie future.
Les souverains du pays faisaient des dons aux provinces et aux villages, afin que les lampes puissent toujours brûler devant les images, tandis que les intendants des grands domaines offraient leurs champs et leurs jardins.
Mais, à cause de cet ouvrage de Hônen, le Senchaku Shû, le bouddha Shakyamuni est oublié et l'on vénère Amida, bouddha de la terre de l'Ouest. On ignore la transmission de la Loi du Vénérable Bouddha et l'on néglige Yakushi, bouddha de la région de l'Est.
On se concentre exclusivement sur les trois sûtras en quatre volumes des écrits de la Terre pure, et l'ensemble des autres enseignements merveilleux exposés par Shakyamuni durant les cinq périodes de son enseignement est rejeté. Si les temples ne sont pas consacrés à Amida, les gens n'ont plus aucun désir de leur faire des offrandes ou d'honorer les bouddhas ; dès que des moines ne récitent pas le Nembutsu, personne ne veut leur faire de dons. Il s'ensuit que les temples du Bouddha tombent en ruine, et c'est à peine si l'on voit une mince colonne de fumée s'élever au-dessus des tuiles moussues de leur toit; les habitations des moines sont vides et délabrées, leurs jardins sont livrés à la rosée. Malgré cela, personne ne pense un instant à protéger la Loi ou à restaurer les temples. C'est pourquoi les moines sages qui administraient autrefois ces temples les quittent pour ne plus revenir, et les divinités bienveillantes qui gardaient les enseignements bouddhiques s'en vont. Tout cela est dû au Senchaku Shû de Hônen. Quelle tristesse de penser que, en l'espace de quelques décennies, des centaines, des milliers, des dizaines de milliers de personnes se sont laissé égarer par ces enseignements démoniaques et ont si souvent méconnu les véritables enseignements du bouddhisme ! Si les hommes favorisent les doctrines erronées, oubliant ce qui est correct, comment les divinités bienveillantes pourraient-elles retenir leur colère ? Si les hommes rejettent les doctrines parfaites au profit de celles qui sont incomplètes, le monde peut-il échapper aux manigances des esprits maléfiques ? Plutôt que d'offrir dix mille prières en guise de remède, il suffirait de bannir cette doctrine, source de tous les maux ! »
(Fin de la 3° partie...)

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