Pacification  5

Rissho Ankoku Ron
5° partie

“Traité pour la pacification du pays par l'établissement de la Loi correcte”

LE VISITEUR, toujours calme, répondit : « On peut difficilement reprocher à Hônen d'être le seul à dénigrer les sûtras et à dire du mal des autres moines. Il est cependant exact qu'il range dans la même catégorie les 637 écrits du Mahayana avec leurs 2883 volumes de textes, ainsi que la croyance en tous les bouddhas, boddhisattva et divinités bouddhiques, et qu'il exhorte les hommes à "les rejeter, les refermer, les ignorer et les abandonner" tous. Il ne fait aucun doute que c'est bien lui qui formula ces quatre injonctions; le sens de ce passage est parfaitement clair. Mais vous soulignez sans cesse la petite "imperfection dans le joyau" et vous critiquez sévèrement Hônen pour cela. Je ne sais pas si ses paroles expriment l'égarement ou la véritable illumination. Je ne peux dire qui, de vous ou de Hônen, est le sage ou l'insensé, ni déterminer qui a raison ou qui a tort.
    Cependant, vous affirmez que tous les désastres récents doivent être attribués au Senchaku Shû de Hônen, développant largement ce point pour étayer votre affirmation. Il est indéniable que la paix du monde et la stabilité du pays sont voulues aujourd'hui aussi bien par le souverain que par ses sujets, et souhaitées par tous les habitants. Un pays obtient la prospérité grâce à la Loi bouddhique, et la validité de la Loi est prouvée par ceux qui la pratiquent. Si le pays est détruit et ses habitants anéantis, qui continuera alors à révérer les bouddhas ? Qui continuera à avoir foi dans la Loi ? C'est pourquoi il faut tout d'abord prier pour la sécurité du pays et oeuvrer ensuite à établir la Loi bouddhique. Si, donc, vous connaissez un moyen d'empêcher les désastres et d'enrayer les fléaux, j'aimerais le connaître. »

    L'hôte dit : « Vous avez sans aucun doute raison de me traiter d'insensé ! Jamais je n'oserais me prétendre sage. Cependant, j'aimerais simplement citer quelques passages des sûtras. De multiples passages dans les écrits, bouddhiques comme non bouddhiques, traitent de la manière de gouverner un pays, et il serait difficile de les citer tous ici. Néanmoins, depuis que j'étudie le bouddhisme, j'ai fréquemment réfléchi à ce problème, et j'en conclus qu'écarter ceux qui s'opposent à la Loi et respecter les moines qui suivent la voie correcte est la meilleure façon d'assurer la stabilité à l'intérieur du pays et la paix dans le monde entier.

On lit dans le Sûtra du Nirvana : "Le Bouddha dit : 'A l'exception d'une seule catégorie de personnes, vous pouvez faire des dons à tout le monde et cela vous vaudra le respect de tous.'
    Chunda demanda : 'Quelle est donc la catégorie de personnes dont vous parlez ?'
    Le Bouddha répondit : 'Je désigne par là ceux que j'ai décrits dans ce sûtra comme ayant enfreint les préceptes.' Chunda insista : 'Je ne comprends toujours pas très bien. Pourriez-vous m'expliquer un peu plus ?' Le Bouddha reprit : 'Ceux qui enfreignent les préceptes sont les icchantika. Vous pouvez faire des dons à toutes les autres catégories de personnes, cela vous vaudra le respect de tous et vous obtiendrez de grands bienfaits.' Chunda demanda à nouveau : 'Que signifie le terme icchantika ?

Le Bouddha répondit : 'Chunda, imagine qu'il y ait des moines ou des nonnes, des laïcs, hommes ou femmes, qui prononcent des paroles irréfléchies et mauvaises et s'opposent à la Loi correcte, et que ces personnes continuent à commettre ces fautes graves sans jamais montrer le moindre désir de s'amender ni aucun signe de repentir sincère. Je dirai que de telles personnes suivent la voie des icchantika.

Il y a aussi ceux qui commettent les quatre délits graves ou coupables des Cinq Fautes capitales, et qui, tout en ayant conscience d'avoir commis de graves fautes, ne ressentent jamais ni frayeur ni repentir dans leur coeur ou qui, du moins, n'en font rien voir; qui ne montrent aucun désir de protéger la Loi correcte ni d'en assurer la transmission pour l'éternité, mais la décrient et la rabaissent par des paroles mensongères. Je dirais aussi que des personnes de ce genre suivent la voie des icchantika. A l'exception des icchantika, vous pouvez faire des dons à toutes les autres personnes et tout le monde vous en félicitera.'"

Dans un autre passage du même sûtra, le Bouddha dit encore : "Par le passé, je fus le roi d'un grand État sur ce continent de Jambudvipa. Je m'appelais Sen'yo et j'aimais et vénérais les écrits du Mahayana. Mon coeur était pur et bon et ne montrait aucune trace de méchanceté, ni de jalousie ou d'avarice. Hommes de foi sincère, à cette époque-là, je révérais les enseignements du Mahayana dans mon coeur. Un jour où j'entendis des brahmanes calomnier ces enseignements, je les mis à mort sur- le-champ. Hommes de foi sincère, il résulta de cette action que plus jamais je ne suis retombé en enfer." On peut lire dans un autre passage : "Par le passé, quand le Tathagata était le souverain du pays et pratiquait la voie de boddhisattva, il mit à mort un certain nombre de brahmanes."

Il y est dit encore : "Il y a trois degrés dans le meurtre : mineur, moyen et majeur. Le degré mineur correspond au meurtre des animaux, du plus petit comme la fourmi jusqu'au plus gros. Seul le meurtre d'un boddhisattva qui a délibérément choisi de naître en tant qu'animal est exclu de cette catégorie. En commettant un meurtre de ce genre, on tombe dans les voies de l'enfer, de l'avidité ou de l’animalité, où l’on subit inévitablement les rétributions qu'entraîne ce genre d'action. Pourquoi cela ? Parce que même les animaux possèdent les racines du bien, aussi insignifiantes soient-elles. C'est pourquoi une personne qui tue de telles créatures doit subir la pleine rétribution de son offense. Le degré moyen est constitué par le meurtre d'une personne, depuis un simple mortel jusqu'à un anagamin. Un tel meurtre aura pour conséquence d'entraîner celui qui le commet dans les voies de l'enfer, de l'avidité ou de l'animalité où il subira inévitablement les souffrances propres au degré moyen. Le meurtre de degré majeur est celui d'un parent, d'un arhat, d'une personne ayant atteint l'état de pratyekabuddha [éveil personnel], ou bien encore d'un boddhisattva parvenu, au terme de ses efforts, à un état d'où il ne régresse plus. Pour un tel crime, on tombera dans l'enfer des souffrances incessantes. Hommes de foi sincère, si quelqu'un venait à tuer un icchantika, un tel meurtre ne tomberait dans aucune de ces trois catégories. Hommes de foi sincère, les divers brahmanes [dont je vous ai dit qu'ils furent mis à mort] étaient tous des icchantika."

On lit dans le sûtra Ninnô : "Le Bouddha annonça au roi Prasenajit : 'Voici la raison pour laquelle je confie la protection de mes enseignements aux souverains plutôt qu'aux moines et aux nonnes. Pourquoi ? Parce que moines et nonnes ne détiennent pas le même pouvoir que les rois.”

On lit dans le Sûtra du Nirvana : "Je confie maintenant la Loi correcte, d'une excellence sans pareille, aux souverains, aux ministres, aux hauts dignitaires, et aux Quatre Sortes de croyants. Si quelqu'un s'oppose à la Loi correcte, les hauts dignitaires et les Quatre Sortes de croyants doivent le réprimander et lui montrer ses fautes." On y lit encore : "Le Bouddha dit : 'Kashô, c'est pour avoir été un défenseur de la Loi correcte que j'ai maintenant pu obtenir ce corps semblable au diamant... Hommes de foi sincère, les défenseurs de la Loi correcte n'ont pas besoin d'observer les Cinq Préceptes ni de suivre les règles de la conduite convenable. Ils devraient plutôt porter couteaux et sabres, arcs et flèches, piques et lances.”

Le Bouddha dit encore : "Certains peuvent observer les Cinq Préceptes sans mériter pour autant le nom de pratiquant du Mahayana. A l'inverse, même une personne qui n'observe pas les Cinq Préceptes, si elle défend la Loi correcte, on peut la considérer comme un pratiquant du Mahayana. Les défenseurs de la Loi correcte doivent s'armer de couteaux et de sabres, d'épées et de gourdins. Même s'ils portent épées et gourdins, je les considère comme des hommes qui suivent les préceptes."

Dans le même esprit, il dit aussi : "Hommes de foi sincère, dans les temps passés, en cette même ville de Kushinagara, un bouddha apparut, qui s'appelait Kangi Zôyaku Nyorai [le bouddha de la joie croissante]. Après la mort de ce bouddha, la Loi correcte qu'il avait enseignée demeura dans le monde pendant d'innombrables millions d'années. Puis, finalement, il ne resta plus que quarante années avant que la Loi soit vouée à disparaître.
  En ce temps-là, vivait un moine du nom de Kakutoku qui observait les préceptes. Il y avait alors de nombreux moines qui les transgressaient, et lorsqu'ils entendirent prêcher Kakutoku, tous conçurent de mauvais desseins dans leur coeur, et, s'armant de sabres et de gourdins, ils attaquèrent ce maître de la Loi.
  A cette époque, le souverain du royaume avait pour nom Utoku. Dès qu'il apprit ce qui se passait, désireux de défendre la Loi, il se rendit sur le lieu où le moine prêchait l'enseignement correct et combattit de toutes ses forces contre les mauvais moines qui n'observaient pas les préceptes. Grâce à cela, le moine qui prêchait la Loi put échapper au danger. Mais le roi reçut tant de coups de couteaux, de sabres, de piques et de lances, qu'il n'y eut pas une seule partie de son corps, même de la taille d'une graine de pavot, qui ne fut blessée.
    Le moine Kakutoku rendit alors hommage au roi en ces termes : ‘C’est merveilleux Vous êtes, ô roi, un authentique défenseur de la Loi correcte. Dans les âges à venir, ce corps qui est le vôtre deviendra à coup sûr un réceptacle illimité de la Loi’
    A ce moment-là, le roi qui avait déjà entendu les enseignements de la Loi, ressentit une grande joie en son coeur. Sa vie parvint alors à son terme, et il renaquit sur la terre du bouddha Ashuku où il devint le premier disciple de ce bouddha. De plus, tous les généraux, sujets et alliés du roi qui avaient combattu à ses côtés ou l'avaient rejoint dans la bataille furent emplis d'une détermination inébranlable d'atteindre l'illumination et, après leur mort, ils renaquirent tous sur la terre du bouddha Ashuku.
    Par la suite, le moine Kakutoku mourut à son tour, renaquit également sur la terre du bouddha Ashuku et devint le second disciple à recevoir directement les enseignements du Bouddha. Par conséquent, si la Loi correcte est sur le point de disparaître, voici comment il faut la soutenir et la défendre.
    Kashô, le roi qui vivait en ce temps-là, n'était autre que moi-même, et le moine qui prêchait la Loi était le bouddha Kashô. Kashô, ceux qui défendent la Loi correcte obtiennent des bienfaits illimités de cette sorte. C'est pourquoi j'ai pu obtenir les traits qui sont mes caractéristiques aujourd'hui, m'en parer, et revêtir le corps du Dharma indestructible."

Le Bouddha dit encore au boddhisattva Kashô : "Par conséquent, les croyants laïcs qui souhaitent défendre la Loi doivent s'armer d'épées et de gourdins, et la protéger de cette façon.
    Hommes de foi sincère, dans l'âge impur et mauvais qui suivra ma disparition, le pays sombrera dans la décadence et le désordre, les êtres humains se pilleront et se voleront mutuellement, et ils en seront réduits à mourir de faim.
    Pour échapper à la faim, beaucoup alors décideront de quitter leur famille pour se faire moines. On les appellera crânes rasés. Quand ces crânes rasés verront une personne s'efforcer de protéger la Loi correcte, ils la pourchasseront et l'expulseront, voire la tueront ou la blesseront. C'est pourquoi j'autorise maintenant les moines qui observent les préceptes à vivre et à s'associer avec des laïcs portant sabres et bâtons. Car, même s'ils portent des sabres et des bâtons, je les considérerai comme des hommes observant les préceptes. Pourtant, même autorisés à porter sabres et bâtons, ils ne devront jamais les utiliser pour ôter la vie."

Il est dit dans le Sûtra du Lotus : "Celui qui refuse d'avoir foi en ce Sûtra, et au contraire s'y oppose, détruit immédiatement les graines qui permettent de devenir bouddha en ce monde. Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes."

Le sens de ces passages de sûtras est parfaitement clair. Quel besoin aurais-je d'y ajouter des interprétations ?

D'après le Sûtra du Lotus, ceux qui calomnient les écrits du Mahayana commettent une faute plus grave que les Cinq Fautes capitales. C'est pourquoi ils tomberont dans la grande forteresse de l'enfer des souffrances incessantes et ne pourront espérer en sortir avant d'innombrables éons. Selon le Sûtra du Nirvana, il est autorisé de faire des dons à quelqu'un qui a commis une des Cinq Fautes capitales, mais pas à ceux qui s'opposent à la Loi, celui qui tue, ne serait-ce qu'une fourmi, tombera dans l'une des trois mauvaises voies, mais celui qui contribue à empêcher l'opposition à la Loi atteindra l'état de non régression. Ainsi, le moine Kakutoku renaquit sous la forme du bouddha Kashô, et le roi Utoku devint le bouddha Shakyamuni.

Le Sûtra du Lotus et le Sûtra du Nirvana représentent le coeur même des doctrines enseignées par Shakyamuni durant les cinq périodes de sa vie. Les avertissements qu'ils contiennent sont d'une extrême gravité. Qui pourrait ne pas en tenir compte ? Et pourtant, ceux qui oublient la voie correcte et calomnient la Loi accordent leur croyance au Senchaku Shû de Hônen et s'enfoncent de plus en plus dans l'aveuglement et l'ignorance. Ainsi, les uns, par dévotion à leur maître défunt, le représentent par des sculptures ou des tableaux; les autres, accordant foi à ses enseignements mensongers, gravent des morceaux de bois pour imprimer ses propos aberrants. Ils répandent ces images et ces écrits sur tout le territoire à l'intérieur des mers, les emportant par-delà les villes jusque dans les campagnes, si bien que, lorsque l'on prie, c'est partout selon les rites de cette école et, si l'on fait des offrandes, c'est uniquement à ses moines.

Il en résulte qu'on voit des gens briser les doigts des statues de Shakyamuni pour les remodeler selon le geste attribué à Amida, ou rénover des temples à l'origine consacrés à Yakushi [bouddha de la région de l'Est], et y placer des statues d'Amida, seigneur de la terre de l'Ouest. Ou bien, on interrompt la pratique qui consiste à retranscrire le Sûtra du Lotus, pratique qui se poursuit depuis plus de quatre cents ans au mont Hiei, et on la remplace par la transcription des trois sûtras de la Terre pure; ou encore les conférences annuelles sur le grand maître T'ien-t'ai sont remplacées par des conférences sur les enseignements de Chan-tao. En fait, les opposants à la Loi et leurs complices sont si nombreux qu'on ne peut les compter. Ne sont-ils pas des destructeurs du Bouddha ? Ne sont-ils pas des destructeurs de la Loi ? Ne sont-ils pas des destructeurs de la communauté des moines ? Et tous leurs enseignements hérétiques découlent du Senchaku Shû !

Hélas! Comme il est déplorable de voir tant de gens se détourner des avertissements clairvoyants du Bouddha ! Qu'il est pitoyable de les voir prendre en considération les mots simplistes et trompeurs de ce moine ignorant ! Si nous désirons apporter sans plus attendre ordre et tranquillité au monde, nous devons immédiatement mettre fin à ces oppositions à la Loi qui emplissent le pays ! »

(Fin de la 5° partie...)

 

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