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Shijô Kingo demandant conseil à Nichiren pour savoir s'il devait accepter sa mutation ou renier sa foi, Nichiren lui répondit par cette lettre. Il y dit que pour propager le bouddhisme, une personne de sagesse a besoin de disciples pour la soutenir et affirme que toute attaque contre Shijô Kingo est implicitement dirigée contre Nichiren parce qu'il le soutient.
Source : L&T Vol.1, p. 187 (Ed. ACEP)
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La Propagation par le Sage
LE BOUDDHISME NE PEUT ÊTRE correctement propagé que par une personne d'une sagesse inégalée. C'est pourquoi, après avoir exposé tous les sûtras, Shakyamuni confia les enseignements du Hinayana à Ananda et les enseignements du Mahayana à Monju, mais refusa de transmettre le principe ultime du Sûtra du Lotus à aucun de ses proches disciples. Au lieu de cela, Shakyamuni fit appel à Jôgyô, son disciple depuis un lointain passé, et lui confia la propagation.
Même si un sage pratiquait le bouddhisme, comment pourrait-il le propager sans croyants pour le soutenir ?
Shakyamuni bénéficiait du soutien céleste de Bonten et de Taishaku.
Parmi les Six Voies, le Bouddha choisit les mondes du bonheur temporaire et de l'humanité, puis, entre ces deux mondes, il résolut de naître dans celui de l'humanité. De tous les endroits de l'univers habités par les hommes, c'est en Inde, dans le royaume de Magadha, qu'il apparut. Le roi du Magadha aurait dû normalement protéger le Bouddha, mais Ajatashatru, qui régnait alors, était un homme mauvais. La pire destinée pour un bouddha est de naître sous le règne d'un mauvais monarque. Or le roi Ajatashatru avait tué son père, roi sage et bienfaiteur du Bouddha. Pis encore, il avait pris Devadatta pour maître. Devadatta commit trois des Cinq Fautes cardinales, la pire d'entre elles étant de blesser le Bouddha et de faire couler son sang. En s'alliant à cet ennemi du bouddhisme, le roi incroyant et mauvais aggrava les terribles maux causés à l'humanité. Ce n'est pas seulement pendant un an ou deux, mais pendant plusieurs décennies, qu'il persécuta sans cesse le Bouddha, tuant un grand nombre de ses disciples. Rendues furieuses, les divinités célestes réagirent violemment. De plus, les divinités terrestres furent si offensées que de grands désastres se produisirent sur terre. Mois après mois, des vents violents firent rage ; des années passèrent, porteuses de famine et d'épidémies qui causèrent la mort d'un grand nombre de personnes. Pis encore, des royaumes voisins attaquèrent de toutes parts, amenant le Magadha au bord de la ruine.
A ce moment-là, sous l'inspiration d'un rêve, Ajatashatru, suivant les conseils de son médecin et ministre Jivaka et, finalement, ses propres doutes intérieurs, quitta Devadatta pour rejoindre le bouddha Shakyamuni et se repentit de ses mauvaises actions. C'est ainsi qu'il fut aussitôt guéri, que les invasions cessèrent et que le pays tout entier retrouva la paix. Non seulement Ajatashatru recouvra la santé, mais il put faire mentir la prophétie selon laquelle il devait mourir le septième jour du troisième mois, et prolongea, en fait, sa vie de quarante ans. Pour exprimer sa reconnaissance, il demanda à mille arhats de retranscrire tous les enseignements du Bouddha, et tout particulièrement le Sûtra du Lotus, pour les générations futures.
C'est donc grâce au roi Ajatashatru que nous pouvons pratiquer aujourd'hui le Sûtra du Lotus.
Malgré cela, si moi, Nichiren, je devais répéter les enseignements donnés par le Bouddha au roi Ajatashatru, la plupart des Japonais les considéreraient comme pure invention de ma part. Mais puisque vous êtes mon disciple et que je peux compter sur votre soutien, je vais vous les révéler.
Le Bouddha a déclaré : « Après ma mort, dans les Derniers Jours de la Loi, beaucoup observeront pieusement les Cinq Pratiques ascétiques comme Devadatta. Ils persuaderont un roi mauvais d'agi contre la personne d'une sagesse inégalée. Ils la calomnieront, la battront, la feront exiler, voire essaieront de la tuer. Dans cette période, des catastrophes naturelles telles que typhons, famines et épidémies, encore plus graves que celles que nous connaissons aujourd'hui, apparaîtront, et ces calamités se poursuivront sur des années. Il y aura aussi des invasions étrangères ». C'est ce que dit le dixième volume du sûtra Shugo.
L'évolution actuelle correspond parfaitement aux prédictions du Bouddha, et Nichiren est le sage décrit par lui.
Il y a certes des gens qui désirent m'aider, mais nombre d'entre eux manquent de volonté, tandis que d'autres, quoique fortement convaincus, sont incapables d'agir en accord avec leurs intentions. Ainsi, vous faites partie des rares personnes dont l'action s'accorde avec la détermination. Votre foi est plus solide que celle des autres, et c'est grâce à votre soutien que j'ai pu survivre. Le ciel et la terre sont certainement conscients de cela, de sorte que si un malheur vous arrivait, on ne pourrait qu'en conclure que c'est à ma vie elle-même que le ciel en veut. Où qu'il se trouve, dans les montagnes, ou sur la mer, dans le ciel ou dans les villes, l'homme ne peut échapper à la mort. Toutefois, un passage tiré d'un des sûtras explique que l'on peut transformer même un karma fixe. Selon l'interprétation de T'ien-t'ai, ce passage signifie que l'on peut prolonger la durée de sa vie.
Comme je vous l'ai conseillé auparavant, jusqu'à ce que les forces mongoles attaquent vraiment le pays, vous devez éviter de répandre la moindre inquiétude. Quant à votre seigneur, répondez-lui fièrement ceci : « Etant malade, il me serait particulièrement pénible de me retrouver en un lieu reculé. De plus, le pays entier se trouve au bord de la ruine. Puis-je concevoir d'agir comme un lâche dans une situation aussi critique ? Je suis actuellement résolu à sacrifier ma vie pour mon seigneur. Pourtant, en cas de catastrophe brutale, je doute de pouvoir parvenir à temps jusqu'à vous, depuis la province éloignée d'Echigo. C'est pourquoi, même au risque de perdre mon fief, je ne vous quitterai pas cette année. Mais j'obéirai sans hésitation ni crainte à toute autre exigence.
Rien n'importe autant à mes yeux que le moine Nichiren et mes défunts parents. Cependant, je vous consacrerai cette existence-ci, même si vous me reniez, car j'ai confié ma vie après la mort au moine Nichiren ».
Nichiren
Le sixième jour du neuvième mois de la deuxième année de Kenji (1276)

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