|
|
Dans cette lettre adressée à l'épouse d'Abutsu-bô, Nichiren répond à sa question sur les degrés et les effets de l'opposition au bouddhisme orthodoxe. De plus, il l'encourage à chérir l'apsiration suprême au bonheur dans sa prochaine vie, à renforcer "les remparts de sa foi" et à poursuivre sa recherche d'une meilleure compréhension du bouddhisme.
Source : L&T Vol.1, p.173 (Ed. ACEP)
|
Les Remparts de la Foi
DANS VOTRE LETTRE, vous demandez de quelle manière la rétribution varie, et quels sont les degrés d'opposition à la Loi bouddhique. Au départ, le Sûtra du Lotus a été enseigné pour permettre à tous les hommes d'atteindre la boddhéité. Pourtant, seuls ceux qui ont foi en ce Sûtra parviennent à l'illumination. Ceux qui s'y opposent tombent dans l'enfer des souffrances incessantes. Ainsi, il est dit dans le Sûtra : « Celui qui refuse d'avoir foi en ce Sûtra, et au contraire s'y oppose, détruit immédiatement les graines qui permettent d'atteindre la boddhéité en ce monde. Après sa mort, il tombera dans l'enfer des souffrances incessantes ».
Il y a divers degrés d'opposition à la Loi. Même parmi ceux qui croient dans les enseignements du Sûtra du Lotus et les pratiques, rares sont ceux qui les respectent totalement, par la pensée comme par l'action. Mais ceux qui ont commis des offenses mineures envers la Loi bouddhique ne recevront pas de graves rétributions. La force de leur foi efface leurs fautes aussi aisément qu'une inondation éteint un petit feu.
Shakyamuni déclare dans le Sûtra du Nirvana : « Si même un bon moine, voyant une personne détruire la Loi, la laisse faire sans la réprimander, sans la chasser ni la punir pour son offense, il faut considérer ce moine comme un traître à la Loi bouddhique. Mais s'il marque sévèrement sa réprobation, chasse ou punit la personne qui offense la Loi, alors, il est mon disciple et comprend vraiment mon enseignement ». C'est cette mise en garde qui me pousse à m'élever ouvertement contre l'offense à la Loi, malgré les persécutions auxquelles cela m'expose, par crainte de devenir un ennemi de la Loi bouddhique si je ne le faisais pas.
Toutefois, les oppositions à la Loi peuvent être graves ou légères, et il est des cas où il est préférable de les ignorer plutôt que de les dénoncer. Les adeptes des écoles Shingon et Tendai s'opposent au Sûtra du Lotus et devraient être réfutés. Mais sans une grande sagesse, il est très difficile de faire la distinction entre leurs doctrines et celle que Nichiren propage. Il est parfois préférable d'éviter d'intervenir, comme je l'ai fait dans le Risshô Ankoku Ron.
Que l'on reproche ou non à une personne son offense, il est difficile d'empêcher quiconque de commettre une faute grave. Mais si nous voyons et entendons une personne offenser la Loi, et la laissons faire sans rien dire, alors qu'elle pourrait être sauvée, c'est comme si nous détruisions nos magnifiques capacités de voir et d'entendre, et c'est agir avec le plus grand manque de bienveillance.
Tchang-ngan écrivit : « Si vous vous liez d'amitié avec une personne sans avoir la bienveillance de la corriger, vous êtes, en fait, son ennemi ». Les conséquences de cette faute sont extrêmement difficiles à effacer. Le plus important est de toujours renforcer votre désir de sauver les autres de leur propre tendance à offenser la Loi. Quand les fautes d'une personne sont mineures, elle a parfois besoin d'être réprimandée, mais, dans certaines circonstances cela n'est pas nécessaire, car elle sera peut-être capable de corriger ses fautes elle-même. Quand c'est nécessaire, reprochez à une personne d'agir en opposition à la Loi bouddhique, afin qu'elle puisse, aussi bien que vous-même, échapper aux conséquences de cette faute. Ensuite, vous devez lui pardonnez. Mais le fait est que même des offenses légères peuvent conduire à des offenses graves dont les rétributions seront encore bien pires. C'est ce que voulait dire Tchan-ngan en écrivant : « Arracher le mal chez une personne, c'est agir comme son parent ».
Il y a de nombreux exemples d'oppositions à la Loi parmi les disciples et adeptes de Nichiren. Vous avez sans doute entendu parler d'Ichinosawa Nyûdô. Dans son coeur, il est disciple de Nichiren, mais en apparence, il reste adepte de l'école Nembutsu. Je m'inquiète donc beaucoup pour sa vie future, et je lui ai offert les dix volumes du Sûtra du Lotus.
Renforcez votre foi, plus que jamais. Quiconque enseigne les vérités du bouddhisme aux autres encourt inévitablement la haine des laïcs, hommes et femmes, ainsi que celle des religieux et religieuses. Peu importe ce qu'ils disent. L'essentiel est de confier votre vie aux enseignements d'or du Sûtra du Lotus, du bouddha Shakyamuni, de T'ien-t'ai, Miao-lo, Dengyô, et Tchang-ngan. C'est la manière correcte de pratiquer, en accord avec les enseignements du Bouddha. Il est écrit dans le Sûtra du Lotus : « Si quelqu'un enseigne le Sûtra, ne serait-ce qu'un moment, dans l'époque effrayante à venir, il aura le soutien de tous les cieux ». Ce passage indique qu'à l'époque des Derniers Jours de la Loi, lorsque domineront les personnes mauvaises en proie aux Trois Poisons, ceux qui adhéreront à l'enseignement correct, même pour peu de temps, seront aidés et soutenus par les cieux.
Priez, dès maintenant, avec le grand désir de parvenir à l'illumination, et pour le bonheur dans votre vie future. Si vous doutez ou vous opposez si peu que ce soit, vous tomberez à coup sûr dans l'enfer des souffrances incessantes. Même lorsqu'un bateau est de construction solide, s'il fait eau, si peu que ce soit, ses passagers ne peuvent que sombrer tous ensemble. Même si les murets entre les rizières sont résistants, la plus petite fêlure suffit pour que l'eau s'en échappe. Vous devez ôter l'eau - l'opposition à la Loi et le doute - du bateau qu'est votre vie et consolider les remparts de votre foi.
Si l'offense à la loi commise par un croyant est bénigne, pardonnez-lui et aidez-le à obtenir des bienfaits. Si cette offense est grave, incitez-le à renforcer sa pratique pour qu'il puisse expier.
Vous êtes une femme vraiment exceptionnelle puisque vous m'avez interrogé sur les rétributions qu'entraînent divers degrés d'opposition à la Loi. Vous n'êtes en rien moins méritante que la fille du roi-dragon lorsqu'elle déclara : « Je révélerai les enseignements Mahayana pour libérer tous les êtres de leurs souffrances ». On lit encore, dans le Sûtra du Lotus : « S'enquérir du sens de ce Sûtra est véritablement difficile ». Ils sont, en effet, rares ceux qui s'interrogent sur la signification du Sûtra du Lotus. Soyez toujours décidée à dénoncer du mieux que vous le pourrez toute opposition à la Loi bouddhique. Il est en vérité tout à fait remarquable que vous m'aidiez à clarifier mon enseignement.
Respectueusement, Nichiren
Le troisième jour du neuvième mois de la première année de Kenji (1275)

|