Répon..myoho

Dans cette lettre, Nichiren compare la destinataire à Mahaprajapati, la tante maternelle de Shakyamuni, qui fut aussi la première nonne, la première femme admise dans l'ordre bouddhique.

Source: L&T
 Vol.6, p.345
(ACEP)

Réponse à Myôhô Bikuni Gozen

J'AI BIEN RECU LE KIMONO léger [que vous m'avez fait parvenir en don].

Vous êtes une femme, et vous vivez seule depuis le décès de votre mari. Votre famille est loin, et vous avez une ou deux filles apparemment trop faibles pour vous apporter leur soutien. De plus, votre foi en cet enseignement a fait de vous une femme détestée. Vous êtes donc comparable au bodhisattva Fukyô.

La tante de Shakyamuni, la nonne Mahaprajapati, bien que femme elle aussi, parvint au stade d'arhat et acquis le nom d'Auditeur. Elle s'engagea ainsi sur une voie qui ne pourrait jamais conduire à la boddhéité. Elle transforma son apparence féminine [en devenant nonne], abandonna les privilèges d'une épouse royale et obéit aux injonctions du Bouddha. Pendant plus de quarante ans, elle observa les Cinq Cents préceptes. Dans la journée elle restait au bord des routes [dans l'attente d'aumônes], et la nuit elle demeurait assise sous un arbre [en méditation], aspirant au salut dans la vie prochaine. Pourtant, la voie qui mène à la boddhéité lui était interdite et son nom fut cité comme celui d'une personne à jamais incapable de devenir bouddha - ce qui fut sans doute pour elle désespérant. En tant que femme, par le passé, pendant d'interminables éons elle avait probablement fait l'objet, avec ou sans raison, de rumeurs insultantes et en avait certainement éprouvé de la honte et un sentiment d'injustice. En refusant son corps de femme, elle l'avait dissimulé en se faisant nonne, dans l'espoir de se libérer de cette souffrance. En apprenant de même que, comme toutes les personnes des Deux Véhicules, elle ne pourrait jamais atteindre la boddhéité, on peut imaginer son désespoir ! Mais le Sûtra du Lotus leva la condamnation portée sur elle par tous les bouddhas des trois phases de la vie. Et lorsqu'elle devint le « bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants », quel immense bonheur dut être le sien !

Pour toutes ces raisons, on aurait pu penser que quelle que soit la nature de ce qu'on lui demande, si c'était pour la cause du Sûtra du Lotus, elle ne se récuserait jamais.

Lorsque le Bouddha demanda d'une voix forte aux Quatre Sortes de croyants : « Qui parmi vous propagera largement Myoho Renge Kyo en ce monde sahâ ? », chacun répondit en son coeur : « Moi, moi ! ». Le Bouddha formula à ce moment-là par trois fois la même exhortation : après sa disparition, si elles voulaient s'acquitter de leur dette de reconnaissance envers tous les bouddhas, ce serait les femmes, nonnes aussi bien que laïques, qui devraient persévérer dans la propagation du Sûtra du Lotus en ce monde saha, quelles que soient les difficultés. Mais elles n'y prirent pas garde et jurèrent, au contraire, de « propager largement ce Sûtra dans les terres des autres directions ». Les nonnes n'avaient donc pas bien compris l'intention du Bouddha. Comme sa déception, alors, dut être grande ! A ce moment-là, il se détourna d'elles et regarda attentivement les quatre-vingt myriades de millions de nayuta de bodhisattvas.

Pour cette raison, je pensais les femmes capables de risquer leur réputation ou de sacrifier leur vie pour des détails insignifiants du monde profane, mais je les croyais en revanche bien faibles lorsqu'il fallait persévérer sur la voie qui mène à la boddhéité. Pourtant aujourd'hui, vous, une femme, née en ce monde mauvais de l'époque des Derniers Jours de la Loi, vous avez subi les insultes, les coups et les attaques des barbares ignorants et insensés qui habitent ces îles [du Japon], et vous avez tout enduré pour propager le Sûtra du Lotus. Très certainement, du haut du pic de l'Aigle, le Bouddha doit trouver qu'il existe entre vous et la nonne [Mahaprajapati] un écart aussi grand qu'entre un nuage et de la boue. Personne ne mérite plus que vous le nom de « bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants » ; aujourd'hui, Myôhô-ama Gozen, c'est à vous que ce nom appartient.

Celui qui devient roi a, pense-t-on, dans ses vies passées comme dans la vie présente, observé les Dix Préceptes de bien. Chaque souverain porte un nom différent mais le trône de lion sur lequel tous prennent place reste le même. Pareillement, ce nom [de « Bouddha dont la vue emplit de joie tous les êtres vivants »] vous est commun à toutes deux.

Le Bouddha donna ce nom à une nonne qui ne tint pas compte de ses exhortations. Vous, vous êtes une nonne qui avez scrupuleusement obéi au Bouddha ; ici même, dans le monde saha, et sans vous soucier de votre réputation, vous vous êtes montrée prête à donner votre vie [pour le Sûtra du Lotus]. Le Bouddha n'abandonna jamais cette nonne qui avait été sa mère adoptive. S'il vous abandonnait parce que vous n'êtes pas de sa famille, il serait en vérité un bouddha bien injuste. Comment cela serait-il possible ? De plus, on lit dans le Sûtra : « Les êtres qui vivent là [dans le monde des Trois Plans] sont tous mes enfants ». Ce passage du Sûtra indique que la nonne Mahaprajapati était, certes, la mère adoptive du Bouddha, mais aussi que vous, vous êtes sa fille. Puisque le Bouddha n'abandonna jamais sa mère adoptive, se pourrait-il qu'il abandonne sa propre fille ? Soyez absolument certaine que c'est impossible. Cette lettre devient trop longue, je l'arrêterai donc ici.

Nichiren

 

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