Vérit...entité

Dans cette lettre, Nichiren révèle, d'une part, le coeur de la pratique bouddhique des derniers jours de la Loi en expliquant l'objet de culte, et la façon dont tous les gens peuvent atteindre l'illumination. D'autre part, il dit à Sairen-bô que ceux qui se consacrent à la propagation du véritable bouddhisme sont eux-mêmes des boddhisattvas sortis de la terre.

Source: L&T
 Vol.1, p.97
 (ACEP)

La Véritable Entité de la Vie

Question. - Il est dit au chapitre Hôben, dans le premier volume du Sûtra du Lotus : « L'entité réelle de tous les phénomènes ne peut être comprise et partagée que par des bouddhas. Cette réalité consiste en l'apparence, la nature... et leur cohérence du début jusqu'à la fin. » Quel est le sens de ce passage ?

Réponse. - Il signifie que tous les êtres et leur environnement dans chacun des Dix Etats - du plus bas, l'état d'enfer, au plus élevé, l'état de bouddha - sont tous sans exception les manifestations de Myoho Rengue Kyo. S'il y a environnement, la vie s'y trouve nécessairement. Miao-lo déclare : « La vie (shôhô) aussi bien que son environnement (ehô) sont toujours des manifestations de Myoho Rengue Kyo ». Il dit encore : « L'entité réelle se révèle immanquablement dans tous les phénomènes, et tous les phénomènes possèdent immanquablement les Dix Modalités. Les Dix Modalités opèrent immanquablement dans les Dix Etats et les Dix Etats caractérisent immanquablement à la fois la vie et son environnement ». Et : « La vie et l'environnement de l'enfer sont contenus tous deux dans la vie du Bouddha. Par ailleurs, la vie et l'environnement du Bouddha ne transcendent pas la vie des personnes ordinaires ». Des explications aussi précises ne permettent aucun doute. Ainsi, toute vie dans l'univers est clairement Myoho Rengue Kyo. Même les deux bouddhas, Shakyamuni et Tahô, sont les fonctions de Myoho Rengue Kyo qui apparurent pour dispenser à l'humanité les bienfaits de cette Loi. Ils prirent la forme des deux bouddhas et, assis côte à côte dans la Tour aux Trésors, marquèrent leur accord en hochant la tête.

Nichiren est le seul à avoir jamais enseigné une telle doctrine. T'ien-t'ai, Miao-lo et Dengyô la connaissaient dans leur coeur mais ils ne la proclamèrent pas à voix haute. Il y avait des raisons à leur silence : le Bouddha ne leur avait pas confié cette mission, le temps n'était pas encore venu et ils n'avaient pas été les disciples du Bouddha dans un très lointain passé. Seuls Jôgyô, Muhengyô, et les autres guides des bodhisattvas sortis de la Terre peuvent apparaître dans les cinq cents premières années des Derniers Jours de la Loi pour propager les cinq caractères de Myoho Rengue Kyo. Eux seuls sont qualifiés pour inscrire l'objet de vénération qui matérialise la cérémonie au cours de laquelle les deux bouddhas s'assirent côte à côte dans la Tour aux Trésors. Car cette Loi et l'objet de vénération sont tous deux la concrétisation du principe d'ichinen sanzen révélé dans le chapitre Juryô de l'enseignement essentiel.

Les deux bouddhas Shakyamuni et Tahô ne sont que des fonctions du bouddha fondamental, tandis que Myoho Rengue Kyo est le bouddha fondamental. C'est ce que le Sûtra appelle « le secret du Tathagata et son mystérieux pouvoir ». « Le secret » désigne l'entité des Trois Corps du Bouddha et « son mystérieux pouvoir », leurs fonctions. L'entité est le bouddha fondamental et la fonction, un bouddha transitoire. Un simple mortel est l'entité des Trois Corps, ou le bouddha fondamental. Le Bouddha est la fonction des Trois Corps, c'est-à-dire un bouddha transitoire. On a cru que Shakyamuni était un être doté des Trois Vertus de souverain, maître et parent pour notre bien à nous, simples mortels, mais au contraire, c'est le simple mortel qui le doté de ces Trois Vertus.

T'ien-t'ai définit ainsi le Tathagata : « Nyorai est le titre que l'on donne aux bouddhas des dix directions et des trois phases de la vie, aux deux bouddhas, aux trois bouddhas et à tous les bouddhas, fondamental et transitoires ». Ici, ce que l'on appelle « bouddha fondamental » est un simple mortel tandis que le terme de « bouddhas transitoires » s'applique au Bouddha. Il y a pourtant une différence très nette entre un bouddha et un simple mortel car un simple mortel est dans l'illusion alors qu'un bouddha est illuminé. Un simple mortel ne parvient pas à saisir qu'il possède lui-même à la fois l'entité et la fonction des Trois Corps du Bouddha.

« Tous les phénomènes » dans le Sûtra désigne les Dix Etats, et « l'entité réelle » est ce qui imprègne les Dix Etats. La réalité est un autre nom pour Myoho Rengue Kyo ; par conséquent, Myoho Rengue Kyo est manifeste dans tous les phénomènes. L'enfer se reconnaît à ses caractéristiques infernales ; c'est la réalité de l'état d'enfer. Si, à leur place, apparaissent les caractéristiques de l'état d'avidité, ce n'est plus l'état d'enfer. Un bouddha présente la réalité d'un bouddha et un simple mortel, celle d'un simple mortel. Tous les phénomènes sont en eux-mêmes des manifestations de Myoho Rengue Kyo. C'est ce que signifie « tous les phénomènes révèlent l'entité réelle ». T'ien-t'ai déclare : « Le principe profond de “l'entité réelle” est la Loi originelle de Myoho Rengue Kyo ». Selon cette explication, « l'entité réelle » correspond aux enseignements théoriques et « la loi originelle de Myoho Rengue Kyo » correspond à l'enseignement essentiel. Vous devriez méditer profondément ce passage.

Bien que peu digne d'un tel honneur, Nichiren fut néanmoins le premier à propager la Loi merveilleuse transmise au bodhisattva Jôgyô pour qu'il la répande à l'époque des Derniers Jours de la Loi. Nichiren fut aussi le premier à inscrire le Gohonzon, matérialisation du bouddha d'un passé très lointain révélé par le chapitre Juryô de l'enseignement essentiel, du bouddha Tahô dont l'apparition est décrite dans le chapitre Hôtô de l'enseignement théorique, et des bodhisattvas sortis de la Terre que l'on voit apparaître dans le chapitre Yujutsu. On peut haïr Nichiren mais on ne peut nier la réalité de son illumination.

Aussi, avoir exilé Nichiren dans cette île lointaine est un crime impossible à expier, même au cour d'innombrables éons. On peut lire dans le chapitre Hiyu : « Un éon ne suffirait pas pour expier la gravité de ce crime ». Par ailleurs, en faisant des offrandes à Nichiren et en devenant son disciple, on obtient des bienfaits que même la sagesse du Bouddha ne peut mesurer. On lit dans le chapitre Yakuô : « Même la sagesse du Bouddha est incapable d'en évaluer l'étendue ».

Nichiren seul commença à accomplir la tâche des bodhisattvas sortis de la terre. Il se pourrait même qu'il soit l'un d'entre eux. Et s'il est du nombre de ces bodhisattvas sortis de la Terre, ses disciples doivent en faire partie aussi. Il est dit dans le chapitre Hosshi : « Si quelqu'un, homme ou femme, enseigne secrètement à une autre personne, ne serait-ce qu'une seule phrase du Sûtra du Lotus, que l'on sache qu'il est l'envoyé du Bouddha, venu pour accomplir l'oeuvre du Bouddha ». Qui d'autre que nous cela pourrait-il désigner ?

Lorsque quelqu'un reçoit de grands compliments, rien ne lui semble trop difficile à accomplir. Tel est le pouvoir des mots d'encouragement. Le Pratiquant né à l'époque des Derniers Jours de la Loi qui propage le Sûtra du Lotus rencontrera les Trois Grands Ennemis, qui provoqueront son exil et même sa condamnation à mort. Pourtant, le bouddha Shakyamuni couvrira du manteau de sa bienveillance ceux qui persévéreront dans la propagation. Toutes les divinités leur feront des offrandes, les épauleront et les porteront sur leur dos. Ils possèdent la bonne fortune suprême et pourront servir de guides à tous les êtres humains. Ainsi, soutenu par les bouddhas Shakyamuni et Tahô, tous les autres bouddhas et bodhisattvas, les sept catégories de divinités célestes et les cinq catégories de divinités terrestres, Kishimojin et ses dix filles, les Quatre Rois du Ciel, Bonten, Taishaku, le roi Emma, les divinités de l'eau et du vent, celles des mers et des montagnes le bouddha Dainichi, les bodhisattvas Fugen et Monju, et les divinités du Soleil et de la Lune, Nichiren a pu endurer d'innombrables et cruelles épreuves. Celui dont on vante les qualités n'hésite pas à prendre tous les risques mais quand il est critiqué, il peut courir inconsidérément à sa propre perte. Les simples mortels sont ainsi faits.

En toutes circonstances, conservez la foi d'un pratiquant du Sûtra du Lotus et efforcez-vous d'être un disciple de Nichiren tout au long de votre vie. Si vous avez le même esprit que Nichiren, vous devez être un bodhisattva sorti de la Terre, et, puisque vous êtes un bodhisattva sorti de la Terre, il ne fait aucun doute que vous êtes un disciple du Bouddha depuis le passé infiniment lointain. Il est écrit dans le chapitre Yujutsu : « Je leur enseigne depuis le passé le plus lointain ». Il ne faut pas faire de discrimination entre ceux qui propagent les cinq caractères de Myoho Rengue Kyo, qu'ils soient hommes ou femmes dans la période des Derniers Jours de la Loi. S'ils n'étaient pas les bodhisattvas sortis de la Terre, ils ne pourraient pas réciter daimoku. Au commencement, moi seul, Nichiren, ait récité Nam Myoho Rengue Kyo. Puis deux, trois, cent personnes ont suivi, le récitant et le transmettant aux autres. C'est également ce qui se passera dans l'avenir.

N'est-ce pas là le sens de « sortis de la Terre » ? A l'époque de kôsen-rufu, toute la population du Japon récitera Nam Myoho Rengue Kyo, aussi infailliblement qu'une flèche pointée vers la terre ne peut manquer sa cible. Pour le moment, faites-vous respecter en tant que pratiquant du Sûtra du Lotus et consacrez-lui votre vie. Les bouddhas Shakyamuni et Tahô, assis dans la Tour aux Trésors, lors de la Cérémonie dans les Airs, entourés de tous le autres bouddhas et bodhisattvas, hochèrent la tête pour exprimer leur accord. Et ce qu'il décidèrent alors fut uniquement de faire prospérer la Loi à l'époque des Derniers Jours.

Le bouddha Tahô offrit à Shakyamuni de partager son siège et, déroulant la bannière de Myoho Rengue Kyo, c'est ensemble que les deux guides de cette multitude prirent leur décision. Pourraient-ils s'être trompés si peu que ce soit ?

Leur but ultime, en se réunissant, était de nous permettre à nous, simples mortels, d'atteindre la boddhéité. Même si je n'étais pas dans l'assistance, si l'on se réfère aux phrases du Sûtra, c'est d'une clarté limpide. D'ailleurs, je me trouvais peut-être à cette cérémonie, mais, comme je ne suis qu'un simple mortel, il n'est pas en mon pouvoir de connaître le passé. Cependant, je suis sans aucun doute le Pratiquant du Sûtra du Lotus dans cette vie-ci ; je pourrai donc de façon certaine atteindre le siège de l'illumination à l'avenir. Jugeant le passé de ce point de vue, je dois avoir été présent à la Cérémonie dans les Airs. Il ne peut y avoir de rupture entre le passé, le présent et le futur.

Parce que je suis convaincu de cela, je ressens une joie sans limite, malgré mon exil présent. On verse des larmes dans la joie comme dans la peine. Les larmes expriment notre émotion devant les bienfaits comme devant l'infortune. Les mille arhats pleurèrent en souvenir du Bouddha disparu, et c'est en larme que le bodhisattva Monju récita Myoho Rengue Kyo. Parmi les mille arhats, le vénérable Ananda lui répondit en larmes : « Ainsi ai-je entendu ». Après quoi les larmes de tous les autres tombèrent dans leur encrier et ils écrivirent Myoho Rengue Kyo suivi de « Ainsi ai-je entendu ». Maintenant, moi, Nichiren, je ressens la même émotion. C'est parce que je propage l'enseignement de Myoho Rengue Kyo que je me trouve actuellement en exil. Je propage cet enseignement parce que, moi aussi, « j'ai entendu ainsi ». Les bouddhas Shakyamuni et Tahô ont légué Myoho Rengue Kyo au peuple japonais et à toute l'humanité dans l'avenir.

Je ne peux contenir mes larmes quand je pense à la grande persécution à laquelle je suis actuellement confronté, ou quand je me représente la joie d'atteindre la boddhéité à l'avenir. Les oiseaux crient mais ne versent pas de larmes. Moi, Nichiren, je ne me lamente pas, mais mes larmes ne cessent de couler. Ce n'est pas pour les affaires de ce monde que je pleure, mais seulement pour la cause du Sûtra du Lotus. Ce sont donc sans doute des larmes d'amrita. Il est dit, dans le Sûtra du Nirvana, que l'on a beau verser, au cours de ses multiples existences - à la mort de ses parents, frères, soeurs, femmes, enfants et entourage - plus de larmes qu'il n'y a d'eau dans les quatre océans, on n'a toujours pas versé une seule larme pour la Loi bouddhique. On devient un adepte du Sûtra du Lotus grâce à sa pratique dans les existences passées. Ce sont des liens karmiques qui déterminent, parmi tant d'arbres de la même espèce, ceux qui seront sculptés à l'image du Bouddha. C'est également en raison de leur karma que certains bouddhas naissent sous la forme de bouddhas provisoires.

Dans cette lettre, j'ai écrit mes enseignements les plus importants. Saisissez leur signification et faites-en une partie intégrante de votre vie. Croyez dans le Gohonzon, objet de vénération suprême en ce monde. Forgez-vous une foi forte et recevez la protection de Shakyamuni, Tahô et de tous les autres bouddhas. Exercez-vous dans les deux voies de la pratique et de l'étude. Sans pratique ni étude, il ne peut y avoir de bouddhisme. Vous devez non seulement persévérer vous-même, mais également enseigner aux autres. La pratique et l'étude proviennent toutes deux de la foi. Transmettez de votre mieux ce bouddhisme aux autres, ne serait-ce qu'un seul mot ou une simple phrase. Nam Myoho Rengue Kyo, Nam Myoho Rengue Kyo.

Avec mon profond respect,
Nichiren

Le dix-septième jour du cinquième mois

Post-scriptum :

Je vous ai déjà envoyé par écrit beaucoup de points importants de ma doctrine. Ceux que je vous ai révélés dans cette lettre sont d'une importance toute particulière. N'y a-t-il pas entre nous un lien mystique ? Ne seriez-vous pas la personnification de l'un des Quatre Bodhisattvas sortis de la Terre, conduits par Jôgyô, suivis de bodhisattvas aussi nombreux que les grains de sable de soixante mille Gange ? Il doit sûrement y avoir une raison profonde à ce lien.

Je vous ai donné certains de mes enseignements les plus importants concernant ma vie et ma pratique.

Nichiren est peut-être l'un de ces innombrables bodhisattvas sortis de la Terre car je récite Nam Myoho Rengue Kyo avec le désir de guider tous les hommes et toutes les femmes du Japon. C'est bien ce qu'exprime la phrase du Sûtra : « Parmi les bodhisattvas, il s'en trouve quatre qui guident cette multitude : le premier s'appelle Jôgyô [le second, Muhengyô, le troisième, Jyôgyô, et le quatrième Anryûgyô]. Ce sont les quatre guides suprêmes ». Notre lien profond par le passé a fait de vous l'un de mes disciples. Conservez absolument tout cela pour vous-même. Nichiren a, dans cette lettre, formulé la doctrine de sa propre illumination. Je m'arrêterai là.

Nichiren

 

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